rétrospective Araki : érotisme et mort
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toutes images, courtoisie Musée Guimet sauf mention
rétrospective Araki : érotisme et mort
au Musée Guimet jusqu’au 05/09/16
l’art photographique de Nobuyoshi Araki est fondamentalement double : érotique et mortuaire dans tous ses thèmes : les fleurs, les séries Voyages, les ligotages ou même les calligraphies (cf l’éloge du poil pubien). L’art particulier de ce grand artiste, considéré en occident comme "léger" -voire sulfureux par ses bondages-, est "l’essence de l’esprit du Japon" [DP] que cette exposition majeure permet précisément de mieux appréhender
érotisme et mort chez Nobuyoshi Araki :
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ces deux caractères indissociables s’expriment dans les fleurs, symboles de vie et de mort, ils se rapportent à la tradition de la composition florale japonaise :
> comme celle au 1er plan ou par la blanche en haut à droite, maculée de sang et un peu flétrie, titrée : Scène de Sexe, série Fête des Anges…
Flowers, 1985, print (courtoisie Yosh iGal NY)
et Scène de Sexe, série Fête des Anges, 1992
(courtoisie Taka Ishi Gal)
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le Kinbaku :
le ligotage de femmes nues est le trait le plus connu de Nobuyoshi Araki en occident ; il occulte, par sa provocation apparente, le fond de sa démarche ;
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le Kinbaku, ligotage ou bondage, vient d’une torture ancestrale faite aux prisonniers de guerre ; Araki détourne la tradition en ligotant ses modèles par ces mêmes noeuds savants, sans souffrance, ni extase (prétend-il) ; "après la photo, c’est moi qui défaits les noeuds" précise l’artiste ; encore heureux !
> une des premières opérations Kinbaku de l’artiste ; peu érotique, elle met l’accent sur la complexité des noeuds
Kinbaku, 1979 (courtoisie Taka Ishi Gall)
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> par ce ligotage, Araki crée un arrêt sur image, comme le théâtre Kanuki où l’interruption d’un geste souligne sa beauté : "la photographie aussi ligote les gens et les met dans une boite"
67 Shooting Back, 2007, print, (courtoisie Yoshi Gall NY)
dans les temps anciens la nudité au Japon était naturelle, les gens se baignaient nus ensemble ; la pudeur est venue au contact de l’occident ; Jérôme Ghesquière dans le catalogue rapproche les corps ficelés du Kinbaku aux barrière morales occidentales
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le Voyage Sentimental
Araki voue une passion pour son épouse Yoko, au delà de son décès : "la vie est un voyage sentimental" :
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le Voyage Sentimental, 1971
gelatino-argentique
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> c’est le roman-photo de sa lune de miel qui l’a fait connaître en 1971 repris à la mort de son épouse en 1990
> les Scènes de Ciels en sont un prolongement : Araki prend tous les jours une photo du ciel, l’endroit où elle est censée être, qui a valeur sentimentale ; si le ciel est triste il le peint, s’il est silencieux, il le calligraphie
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Scenes de ciels,
après 1990
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"Comment le désir et la mort ne pouvaient-elles planer sur son art, construit sur une telle passion ?" [DP]
le Diable est un poète voyeur
Araki ne se sépare jamais de son appareil photo (argentique, il a même fait des provisions de pellicules, au cas où) et photographie sans cesse, considérant Tokyo comme un parc d’attraction ou un cimetière, d’où ces titres "Tokyo Comedy" etc
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Mon Journal d’Ete, 2003
(courtoisie Gal Mennour)
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> mais ses oeuvres au final sont toujours très élaborées, soit sous forme de suites comme les traditionnels rouleaux de papier, soit en print peints ou calligraphiés
> cimetière ou parc d’attraction, car "je ne sépare pas le paradis et l’enfer", se présentent volontiers, dans ses séries Tokyo Comedy, comme un diable comédien
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Nobuyoshi Araki "joue"
dans Tokyo Comedy
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en cohérence avec sa démarche, Araki n’hésite pas à mettre en scène des intimités :
> cette calligraphie est un éloge du poil pubien
> et ce dyptique exprime ce qui est caché dans l’intimité du foyer ; il met en scène un des premiers ligotages faits par Araki dans une tonalité soft, alors que les récents sont plus érotiques
Eloge du Poil Pubien
2016 calligraphie
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Tokyo Nude, 1989, print
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On sait moins que Araki se présente aussi comme "écrivain en photo" ; il a édité plus de 500 livres de ses photographies ; ce médium est en fait son principal moyen de diffusion et de revenu
> en témoigne cette impressionnante présentation qui ouvre l’exposition ; beaucoup sont épuisés et quelques-uns sont à la librairie du Musée. |
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Cette rare rétrospective sort l’art de Nobuyoshi Araki d’un genre pornographique bien trop étroit et le replace dans son contexte asiatique ; un artiste non seulement photographe, considéré au Japon comme un des plus grands plasticiens, tel que le révèle en clôture l’installation de son Tombeau créee in situ.