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collectionner de l’art numérique

 

collectionner de l’art numérique, le tournant ?

de plus en plus d’artistes actuels utilisent le numérique pour créer, simplement parce que les plus jeunes sont nés dedans ; cela leur est aussi naturel que de peindre.
Mais les collectionneurs suivent-ils ? moins : contrairement aux genres relativement récents comme la vidéo ou le street art, la création numérique (art digital) est peu présente sur le marché "traditionnel" (comprendre : non connecté sur internet) ; mais un marché virtuel (en ligne) se développe
Dans cette page :
 

 

 

 

 

 

 

 

 

création virtuelle de J. Ralph et
Method Man (chanteurs rap)
et Shilstone (graphiste)
en vente en décembre 2021 sur SuperRare

actualité de l’art numérique :
les oeuvres NFT débarquent :

> cette animation musicale (inspirée par Kandinsky ?) est synchronisée sur le rythme rap, assez entraînant ; sympa mais pas d’un haut niveau artistique... (clic = animation sonore) ; paiement sur le site SuperRare par les jetons NFT de Rare
> pour le moment les oeuvres numériques proposées par des sites dits artistiques de vente NFT comme SuperRare ou OpenSea sont d’une qualité... variable, à l’instar par exemple du bas niveau des Mangas par rapport aux BD classiques ; mais comme celles-ci, cela va s’améliorer, exemples : le site Niftygateway est meilleur et la petite foire Unvirtual (février 2022 à Paris) a présenté des travaux intéressants
> il vous faut distnguer les initiatives NFT de pure spéculation, qui finiront par une belle bulle, et celles du marché de l’art qui va mûrir
> à suivre : des musées proposent des repro-ductions virtuelles d’oeuvres de leurs collections

 

> accueil d’Almanart

> sommaire collectionner  


focus : collectionner l’art numérique ou l’art digital ; digital art et collections numériques

 

 

le boom des créations numériques

 
dès 2018, les installations numériques et méga démonstrations explosent : 1,2,3 Data à la Fondation EDF, TeamLab à La Villette (et dans le monde), Van Gogh à l’Atelier des Lumières ainsi que des foires spécialisées : Variation et la Biennale Némo à Paris, la Semaine Numérique en Belgique, la plus grande étant Loop à Barcelone...

Recoding Entropia de François Vautier 2022
par Da Prod pour Culturespaces
(courtoisie Da Prod) .. clic=zoom

Ce sont surtout des manifestations grand public ; en art seules quelques galeries spécialisées présentent des oeuvres, comme la Galerie Charlot depuis plusieurs années et avec succès.
Plusieurs studios de création développent ces techniques et les appliquent dans le domaine publicitaire, cinématographique ou événementiel (défilés de mode, commémorations...), qui revêtent un caractère artistique prononcé mais sans être des oeuvres d’art pour le marché particulier

 

< La Villette présente en 2022 Recoding Entropia, une projection numérique immersive vertigineuse de François Vautier, de 10 minutes, par Da Prod pour Culturespaces qui la diffuse dans de grands espaces fermés comme L’Atelier des Lumières à Paris

 

le marché face aux oeuvres numériques

 
en terme de marché, il y a 3 types d’oeuvres numériques (voir aussi les 5 genres numériques artistiques) :

les oeuvres créées par un outil numérique et adaptées au marché traditionnel : réelles, accrochables ou sur socle, elles s’achètent comme d’habitude en galeries, aux enchères ou sur internet, l’acheteur partant avec sous le bras

 
 
Nick Koleknat, Koleknat, sculpture 3D, 2010
(courtoisie l’artiste) .. clic=zoom
 
David Hockney, The Arrival of Spring in Woldgate,
East Yorkshire, 19 May 2011
(courtoisie Galerie Lelong) ... clic=zoom
 

cette sculpture de Nick Koleknat est imprimée par ajouts microscopiques de matière résineuse en volume, par une "imprimante 3D" pilotée par ordinateur

 

David Hockney a été précurseur d’oeuvres peintes sur smarphone ou sur tablettes puis printées, d’ un charme particulier dû à son procédé

les oeuvres qui nécessitent un dispositif numérique pour être accessibles : écran, projecteur, ordinateur, sonoristation, casque, infrastructure technique... c’est un peu le cas de la vidéo, facilitée par la standardisation : par exemple une TV connectée suffit (voir les types de vidéos), mais des réalisations plus complexes se développent comme celles en réalité virtuelle :

  Claire Bardainne et Adrien M artistes  

< installations d’animisme numérique Mirages & Miracles de Adrien M & Claire B présentées à Lyon en 2022 puis l’été au festival Art Rock à St-Brieux ; où la technologie, le spectacle et la poésie se marient

Claire Bardainne et Adrien Mondot
Mirages & Miracles, 2017-2022, extrait
(courtoisie les artistes) ... clic=zoom

 

ces oeuvres complexes nécessitent des spécialistes capables de rendre deux services indispensables d’accompagnement :
 - l’installation initiale in-situ, y compris la technologie support : oridinateur, logiciel, projecteur, etc, voire mise en scène sur place
 - la maintenance pour panne et usure, puis les mises à jour des supports et logiciels ;
ces oeuvres sont surtout présentent dans les institutions

les oeuvres dématérialisées, accessibles sur internet, soit en mode de téléchargement normal soit par la technologie NFT (explications)

 

avantages et inconvénients pour le collectionneur

le marché traditionnel (celui des oeuvres qu’on accroche) est lent à accueillir les oeuvres numériques, deux raisons :
> une question de génération : le street art a mis un demi-siècle pour devenir un must, le temps que la génération des acheteurs rejoigne celle des créateurs ; l’avant-garde se vend peu
> les oeuvres numériques technos sont complexe à mettre en oeuvre.
Mais si le marché des particuliers traîne, la situation évolue car les oeuvres dématérialisées (forcément numériques) présentent bien des avantages et... la population des amateurs d’art se renouvelle, comme les moeurs ; et justement, une nouvelle technologie va booster le marché des numériques : les NFT. Revue d’abord des freins, puis de la pédale des avantages :

 les difficultés techniques

> la facilité de reproduction des fichiers fait craindre la reproduction sauvage et les faux ; sauf pour les versions matérialisées sur un support (prints, etc) et signées ; pour celles dématérialisées il y a désormais un remède : les oeuvres et certificats NFT (explication)

> l’obsolescence des supports : vous aviez acheté dans 80’s une oeuvre sur cassette analogiques VHS voire sur Super8 ou 16mm : le lecteur préhistorique compatible est-il encore opérationnel ? bientôt même question pour les DVD, déjà supplantés par les clés USB, qui le seront par un stockage dans le Cloud (le nuage délocalisé)... Cette course incessante et rapide terrorise les collectionneurs

> les normes techniques ne cessent d’évoluer voire disparaissent ; raison qui fait que les vidéos sont peu nombreuses sur les sites internet pérennes (les réseaux sociaux sont éphèmères et leur format est un pis-allé pour le web) : les formats y sont plétoriques et peuvent disparaître (ainsi Flash a été supprimé par Adobe et Microsoft, plantant quanité de sites... c’était pourtant le pdf de la vidéo !)

> la durée de vie des supports ; les DVD se dégradent au bout de quelques dizaines d’années, les clés USB et les disques durs ne sont pas à l’abri d’un effacement... paradoxe : les vieux supports analogiques sont les plus fiables, car ne se dégradent que partiellement et sont réparables ; conservez vos vieilles VHS !

> la maintenance : elle conditionne la durée de vie de tous les dispositifs numériques, ce qui implique outils et compétences, alors qu’un tableau pourra toujours être restauré ; le marché de l’art n’est pas organisé en service d’après-vente : comment remplacer un support, convertir une oeuvre sur un support plus récent ?

 

> l’intégration dans une installation : les vidéos et effets interactifs sont parfois inclus dans des installations qui implique un réglage précis de la géométrie et du son ; même si un mode d’emploi est livré avec l’oeuvre, c’est complexe ; et peu transportable

 

< Tony Oursler (prononcez "Aoueursssleur") marie objets physiques et projections vidéos pour faire parler ses sortes de marionnettes de manière caustique ( voir le teaser de Tony Oursler)

Tony Oursler
Station 2002 projection sur sculpture
(courtoisie l’artiste)

> le risque de change : le marché d’art virtuel propose souvent de payer des oeuvres en monnaies virtuelles ; déjà le simple fait d’exprimer le prix d’une oeuvre en cryptomonnaie est un frein à son estimation réelle : quel est le cours de cette monnaie au moment où vous voulez l’acheter ? Ainsi l’extraordinaire instabilité des cryptos est un risque majeur, alors effectuez rapidement la conversion en monnaie régulée

 

les freins psychologiques

> le temps de contemplation : vous pouvez admirer un tableau en quelques coups d’oeil, mais l’oeuvre en mouvement nécessite que vous lui consacriez le temps décidé par son créateur, pas celui de votre disponibilité ; voyez donc l’impatience des spectateurs devant une vidéo trop lente en exposition...

> l’indiscrétion : un tableau, une photo, reste bien sage dans son coin, attendant votre vouloir ; une vidéo en boucle vient se rappeler à vous du coin de l’oeil, quelle que soit votre envie ; pour éviter ce trouble vous devez coupez le support, puis le rallumer quand l’envie vous revient ; et une oeuvre numérique est aussi sonore...

> la reconnaissance sociale : votre visiteur, coup d’oeil sur le tableau derrière vous, voit que vous êtes un collectionneur avisé, personne de goût et d’art :) ... alors qu’il vous faudra l’immobiliser fermement pour qu’il accepte que vous mettiez votre projection en route et le colliez devant un écran la durée nécessaire

> la phobie technique : l’art c’est aussi la contemplation sereine, havre de paix ; l’envahissement technologique est tout le contraire : alors lorsque vous aurez fini de vous battre contre votre ordinateur, votre smartphone, votre monstrueuse TV et ses 5 télécommandes, votre lave-vaisselle connecté, votre chien robotisé, aurez-vous encore envie de vous bagarrer pour "consommer" de l’art ?

Et bien, ce n’est pas gagné... sauf pour les jeunes plus technophiles, les amateurs mobiles, les bobos qui veulent faire moderne et les spéculateurs discrets ; car l’art numérique présente aussi bien des avantages :

plusieurs avantages exclusifs :

> la facilité d’usage : les oeuvres numériques dématérialisées, sans support physique spécifique, sont consultables par le web, ce que tout le monde sait faire ; vous pouvez admirer l’oeuvre n’importe où, comme vous le faites pour voir un site ou une série

> une relative indépendance de la techno : grâce à la standardisation, n’importe quel ordinateur, tablette, smartphone, TV connectée suffit ; en théorie car la qualité de l’oeuvre restituée en dépend, facteur alors inconnu des oeuvres traditionnelles ; la taille de l’écran et sa définition sont primordiaux, le manque de puissance de l’appareil ou de qualité du réseau peuvent nuire aux oeuvres mobiles ou empêcher l’interractivité

> la sécurité sur l’intégrité de l’oeuvre enregistrée : on peut la copier mais pas la détruire ni la spolier

> l’intégrité de propriété et la traçabilité de la vie de l’oeuvre peuvent être garantis par un enregistrement sur blockchain et un certificat NFT (explications) ; elle permet de mieux respecter les droits d’auteurs lors de ventes et d’écarter les faux

> le partage de propriété peut être envisagé entre plusieurs amateurs ; cela suppose un changement de mentalité qu’on est pas prêt de voir se généraliser chez les collectionneurs ; à la limite l’amateur pourrait n’être que consommateur par un abonnement autorisant la visualisation de l’oeuvre (comme le streaming en vidéo)

> clubing et services peuvent accompagner les ventes d’oeuvres en formant des communautés de collectionneurs ayant des priviièges comme des réunions interactives avec les artistes, des conférences entre membres du réseau voire des événements en présentiel, ou la mise en relation avec des acteurs du domaine de l’art

> la discrétion : un avantage de poids des oeuvres dématérialisées : pour certains, plus besoin de planquer ses oeuvres physiques dans un port-franc (reportage) pour les soustraire au fisc ou les vendre discrètement ! Mais l’anonymat possible pour les collectionneurs de NFT (par utilisation d’un pseudo) facilite trafic et blanchiment...

 

le bel avenir des NFT

 

Mike Winkelmann Beeple

Mike Winkelmann (Beeple)
Everyday the First 5.000 Days, 2020
(courtoisie l’artiste) clic=zoom
 

boom médiatique : en 2021 Christie’s vendait 70 millions de dollars cette oeuvre virtuelle de Beeple (Mike Winkelmann), une publicité extraordinaire induisant l’idée d’un avenir radieux aux oeuvres virtuelles ; vrai ?

< "Everyday : the First 5.000 Days" réunit 5000 images numériques, postées chaque jour sur Instagram par Beeple (Mike Winkelmann, né en 1981), ceci pendant 13 ans depuis 2007 ; chaque image peut être agrandie (reportage par France24)

 

Cette vente record dévoile une évolution sur le marché de l’art, où la technologie numérique vient s’imposer ; deux éléments l’expliquent : 1/ l’arrivée de la technologie des bases de données blockchain et 2/ un phénomène de mode économique :

 

la technologie blockchain et les NFT :

la blockchain est tout simplement une base de données sécurisée et décentralisée, l’inverse des bases traditionnelles locales ou même situées dans le cloud ; décodage techno :

 

blockchains
(chaîne de blocs)

Lorsque vous faites une transaction en ligne (argent, contrat, document...), normalement vous passez par un certificateur (banque, administration...), ce qui a un coût et prend du temps ; pas si vous utilisez une blockchain (qui est un réseau public ou privé) où vous et votre correspondant communiquez directement (de "paire-à-paire") car votre transaction peut être vérifiée par tous ceux inscrits sur ce réseau ; de plus l’enregistrement est crypté et cette base de données est répartie sur différents serveurs situés un peu partout ; ainsi la sécurité est maximum. Inconvénient : la consommation informatique est énorme (car cela fait beaucoup de monde qui vérifie les enregistrements).

 

On dit "blockchain" car cette base de données est formée de blocs chaînés et répartis ; aucune possibilité de modification interne ni du chaînage ; chaque bloc est daté, de sorte qu’ils peuvent servir à tracer des transactions anciennes certifiées, comme le ferait un registre dupliqué et bien gardé.
Les principaux réseaux actuels sont répartis sur environ 5000 ordinateurs (des "noeuds") répartis dans le monde

 

< vue du réseau blockchain Bitcoin ; les points sont les ordinateurs du réseau, ceux en gras sont actifs et les traits sont les transactions en cours ; le voici en action réelle (clic)

 

 

NFT
Non-Fungible Token
(jeton non fongible)

Lors de votre transaction, la blockchain vous procure un certificat de propriété unique, un ticket appelé NFT, lui aussi enregistré et que vous pouvez appeler par un code personnel (si vous l’égarez, vous perdez toute possibilté d’accès : pas de "mot de passe oublié" !) ; il a une valeur commerciale

 

 

cloud
(nuage)

Traditionnellement les données informatiques (documents, oeuvres numériques...) sont enregistrées de manière groupées ("centralisées") sur un ordinateur local (le vôtre par exemple) ou sur des serveurs (ordinateurs en grappe qu’on place dans des centres sécurisés et connectés sur internet). Il y a dans le monde des millions de serveurs dans des milliers de centres, tous connectés sur internet ; comme vous ne savez pas où ils se situent géographiquement, on dit qu’ils sont en nuages, un peu partout ; "in the cloud"

 

 

avatar
(double numérique)

c’est votre double dans le web : un personnage virtuel qui vous représente dans un jeu ou dans un métavers ; quand vous regardez un métavers sur internet (par exemple ici -attendre que ça charge...), un petit bonhomme banalisé apparaît qui vous représente, vous, en train de vous y balader ; mais -moyennant finance ou abonnement- vous pouvez le personnaliser (par votre photo, le mettre à votre taille, l’habiller, le colorer, etc) pour qu’il vous ressemble, vous ou l’image que vous voudriez donner à ceux qui (dans le métavers) vous voient : c’est une notion issue des jeux numériques

 

 

une mode économique :

en 2020 des montagnes de liquidités cherchent à se fixer : l’art est un refuge, mais à condition qu’il soit sûr ; or dans le haut de gamme les faux et les copies abondent, notamment les oeuvres numériques (un fichier jpg ou mp4 se copie à l’infini sans dégradation) ; ce pourquoi le marché ancien se porte bien, les oeuvres rares étant toutes inventoriées ; pour les oeuvres récentes, numériques ou physiques, se pose donc ce problème aïgu...
et là, la technologie de la blockchain intervient : elle permet de marquer une oeuvre d’art et de la documenter de manière presque inviolable : un nouveau marché de la sécurité s’ouvre

Pour qui ? de nombreux aventuriers geek se sont enrichis sur le marché financier du tocken (jeton virtuel NFT), que ce soit en cryptomonnaie bitcoins ou ethereum (d’autres ont beaucoup perdu...) ; comment convertir cette fortune virtuelle en monnaie plus trébuchante ? mais sur le marché de l’art !

Chez qui ? des plateformes (sites web) proposent des transactions en ces monnaies numériques pour des oeuvres numériques virtuelles, comme Nifty Gateway ; d’autres vendent toutes sortes de créations, plus ou moins artistiques, de marques de la mode et même du sport !

Actuellement (2022) la conjugaison de la sécurisation du marché de l’art et de la disponibilité d’argent, plus un zeste de fascination techno, créent un engouement pour les transactions numériques ; on est parfois dans de la spéculation à 360° ! à moyen-terme cette mode pourrait constituer une belle bulle, mais à long-terme ce marché va probablement se réguler et se consolider.
Par contre l’usage des seuls NFT comme système inviolable de documentation et titre de propriété va vite s’établir, car ce jeton virtuel peut concerner n’importe quel élément ou objet, virtuel ou réel (un contrat...), donc une oeuvre d’art réelle (non numérique), qu’il authentifie et trace l’évolution sur le marché ; seul son propriétaire anonyme connaît la clé de son accès.

 

 

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