Karsten Greve : l’administration freine

 

 

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Karsten Greve

né en Allemagne, devint très tôt marchand d’art ; en 67 il est déjà éditeur d’œuvres graphiques et d’objets d’artistes ; il crée en 69 à Cologne une première galerie ; polyglotte, il s’installe à Paris en 89 au Marais pour exposer les plus grands artistes du monde ; en 94 il ouvre aussi une galerie à Milan, et enfin une antenne à St. Moritz en 99.

 

 

Almanart : y a-t-il encore des freins à l’art contemporain en France ?
Karsten Greve : les choses ont changé mais pas assez encore sur le plan administratif. Un exemple : lorsque je monte une exposition de Louise Bourgeois (ndlr : artiste américaine soutenue en France par Karsten Greve), les œuvres arrivent de New York ; et bien le transport de l’aéroport De Gaulle à ma galerie du Marais coûte aussi cher que celui de New York à ma galerie de Cologne en Allemagne ; de plus je dois déposer la TVA à la douane et présenter une garantie bancaire : ce sont des dépenses énormes, impensables pour des galeries sans liquidité importante. Ainsi on limite les expositions de très haut niveau à Paris d’oeuvres venant de l’étranger. C’est une forme de protectionnisme ; j’en ai parlé plusieurs fois avec des hommes politiques et cela va peut-être changer ; la force culturelle d’un pays réside dans l’échange, pas dans l’unilatéralisme.

 

At : quelles sont les conséquences de la présence de ces freins ?
KG : une est que les collectionneurs français achètent à l’étranger plutôt qu’en France (ndlr : d’autres raisons fortes sont fiscales) ; j’en vois beaucoup à New York et à la foire de Bâle. C’est un fait économique, pas forcément culturel car, lorsque je fais à Paris une exposition Soulage (artiste français célèbre) il y a 12000 visiteurs.

Par contre je déplore encore un manque de collaboration entre les institutions publiques et les acteurs privés, alors qu’il devrait y avoir concertation et une meilleure information, tout est toujours compliqué ; à Londres comme à Bâle, ce n’est pas comme ça

 

At  : et du côté du public ?
KG : les choses se sont bien améliorées en France ; il y a une grande envie de voir les expositions, il suffit voir les queues à l’occasion d’importantes manifestations. Mais pour l’art contemporain, il faut faire en plus un travail d’éducation, de la part aussi bien des galeries que des musées ; il faut donner plus d’importance aux œuvres qu’aux mots ; il faut éduquer les gens à voir, à reconnaître les sensations, les émotions, pas seulement à comprendre rationnellement.
Voyez la différence entre Beaubourg et le musée de Zurich ou la New Tate à Londres, lieux où l’on présente les œuvres en les confrontant entre elles sans trop de discussion, comme on a tendance à faire en France.

 

At : et pour un certain public cultivé mais réticent à l’art contemporain ?
KG : il faut l’approcher là où il va, en mélangeant très discrètement les époques, comme a commencé à le faire la plus importante foire d’antiquités, celle de Maastricht. (ndlr : Paris est dynamique sur ce plan, car ont fait ainsi depuis 2003 les Musées Bourdelle, Zadkine et depuis 2004 Le Louvre et le musée d’Orsay ; actuellement cela s’est généralisé).

 

At : merci de cette opinion constrastée !

 

Interview réalisée en 2007 par Alessandra Quaglia, remis à jour en 2009

 



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