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la peinture, témoin de l’histoire des USA

quick look sur l ’histoire de l’art aux USA

l’art plastique nord américain du 20è siècle reflète tous les espoirs, élans, déconvenues et problèmes de ce presque-continent ; il a aussi fortement influencé l’art européen et, dès la fin du 20è siècle, il domine la production mondiale artistique aussi bien que le marché de l’art...

Cette page ne déroule pas l’Histoire de la peinture américaine du nord, mais en ouvre certains volets :

 

 

> jusqu’au 18 juillet 2026
à la Galerie Vallois

 

Alain Bublex For-your-own-safety 2021 2000x1342
(courtoisie Galerie Vallois) ... clic=zoom

l’influence de l’art américain illustrée dans une exposition :

> l’admiration d’Alain Bublex pour les villes américaines transpire dans ses oeuvres ; ici, fidèle à lui-même, il ouvre son théâtre entre fiction et hyperréalisme, oscillant entre scènes urbaines, maquettes, plans futuristes et projets d’aménagements farfelus ; voici un patchwork de ses oeuvres parfois troublantes par leur réalité incrustée d’imaginaire, sans qu’on puisse de manière sûre délimiter le vrai de l’artificiel ; on aurait aimé que cet artiste soit aussi architecte !
> ainsi cette vue quasi-photographique d’une esthétique irrésistible, est emprunte de nostalgie car calée sur l’époque où les USA nous fascinaient (c’est moins le cas maintenant...) ; cocasse, ce carrefour aux feux se nomme For-your-own-safety ; il est vrai qu’aujourd’hui on se sent là-bas en toute sécurité

Alain Bublex artiste


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les difficiles années 30 de l’art américain

 
les artistes américains sont encore pétris de culture européenne quand vint le krach boursier de 1929 ; dès 1932, pour contrer la crise économique, Roosevelt met en place le New Deal et son volet de soutien aux artistes : le WPA (Work’s Progress Adm.) ; des centaines de commandes publiques font émerger un art américain empreint de réalisme ;
si jusqu’en 1930 des usines prospères glorifiaient encore l’expansion industrielle, un contrepoint se développe où des artistes s’attachent à donner une image rassurante de stabilité et de pérennité

> ce tableau en est l’illustration : mis en scène par Grant Wood (du mouvement régionaliste du Mid-West), influencé par les primitifs flamands qu’il a étudiés en Europe, ce couple de fermiers austères de l’Iowa symbolise le retour à la terre, célébrant les valeurs de l’Amérique profonde et ses sources de prospérité… un mythe équivalent de notre Joconde ! la maison de style néogothique d’une petite ville, avec sa fenêtre allongée, les modèles aux visages longs et tenues sévères, donnent le nom du tableau et révèlent le carcan religieux (qui subsiste encore)

Grant Wood, American Gothic, 1930, huile sur agglo, 78x66
(courtoisie Art Institute of Chicago) /clic=zoom

 

Autre courant : la quête d’une identité américaine en ces temps troublés ; elle conduit des artistes à chercher les racines de leur art, sans échapper à l’angoisse de la Grande Dépression ;

  art Peinture Américaine Grant Wood, American Gothic

> dans ce tableau symbolique, Helen Lundeberg (qui fonda le Groupe post-surréaliste) se représente à l’enfance et a l’âge adulte ;
elle établit une résonance entre une heureuse histoire de jeunesse et son ombre projetée dans un avenir pour le moins incertain ; si la fleur s’est épanouie, la femme reste songeuse devant une table vide et un globe terrestre éclaté.

 

Helen Lundeberg, Double portrait
of the Artist in Time
1935, huile sur panneau
(courtosiei Smithsonian
American Art Museum) /clic=zoom
  art Peinture Américaine Helen Lundeberg Double portrait of the Artist in Time

Aux grands maux, les grands remèdes ! la crise voit aussi des opportunités pour s’amuser et conjurer la peur ; les artistes sont témoins de ces moments de liesse où cinéma, danse, littérature, musique sont paradoxalement en expansion ; une traduction de l’optimisme américain

> ici Reginald Marsh immortalise un groupe de jeunes femmes dont le souci est de se procurer des places de cinéma à 20 cents pour voir qui ?
...voir Mae West (au centre) et ses seins énormes, lesquels faisaient déjà parler d’elle (avant de symboliser les gilets gonflables des marins de la seconde guerre !)

Reginald Marsh, Twenty Cent Movie, 1936,
crayon, encre, huile sur panneau, 76×102
(courtoisie Whitney Museum) ... clic=zoom

 

le Réalisme américain

  art Peinture Américaine Reginald Marsh Twenty Cent Movie

en fin du 19è siècle, de nombreux peintres américains ont fréqueté Paris et, rentrant chez eux, restent influencés par cette nouvelle peinture européenne ; ainsi ils sont considérés comme des représentants du Réalisme américain

Edward Hopper

bien que Edward Hopper (1882-1967) ait exercé surtout à New York, il a beaucoup peint en campagne ; il est le grand représentant du Réalisme par son témoignage de la vie quotidienne et des mutations sociales aux États-Unis, dès l’entre deux guerres ; après la 2è guerre en plein essors économique, il exprime souvent la solitude et la nostalgie du passé dans cette amérique pourtant prospère, un paradoxe lié à la mémoire des difficiles années 30

> Hopper est capable de traduire au plus juste une ambiance par la subtilité de la lumière, un jeu de couleurs sobres, une capacité à raconter une histoire avec des personnages immobiles dans un lieu figé ; ainsi cette ouvreuse de cinéma pensive :

 

art Peinture Américaine Edward Hopper New York Movie

Edward Hopper, New York Movie, 1939, 82x102
(courtoisie MoMA) ... clic=zoom

l’école de la poubelle

si Hopper met en lumière les solitudes des êtres dans leur milieu urbain ou naturel, il le fait par une beauté picturale et d’âme. Au contraire The Eight, ceux de ce "Groupe des huit", présentent les vrais quartiers populaires, des portraits d’ouvriers, la réalité sociale sans l’idéaliser au point qu’ils sont qualifiés d’Ashcan School -Ecole de la Poubelle- par opposition à l’art académique et à l’élégant impressionnisme jugés éloignés du réel ; son chef de file et mentor est le peintre Robert Henri

 

la Color Line fondatrice de la Harlem Renaissance

 
venant du leader noir Frederick Douglass, The Color Line désigne la ségrégation des Noirs en 1877 ; elle inspire l’art nord-américain jusqu’à aujourd’hui ;

les conditions de vie des African-Américains* dans le Sud créent, à partir de 1910, une migration massive vers le Nord, superbement dépeinte par 60 petits tableaux de la Migration Series (1940-1941) du peintre Jacob Lawrence ;

  art Peinture Américaine Aaron Douglas Into Bondage  

puis, après la première guerre, vint une nouvelle génération de Noirs talentueux, les "New Negroes" : des poètes, romanciers, peintres, sculpteurs etc qui s’imposent au son du jazz ; c’est la Harlem Renaissance des années 30

< Harlem -appelée Le Paradis des Nègres- devient la capitale mondiale de la culture noire où Aaron Douglas, un des plus grand artiste, y développe des thèmes africains d’inspiration Art Déco

 

Aaron Douglas, Into Bondage, 1936
(courtoisie Musée quai Branly) /clic=zoom

 

  art Peinture Américaine Loïs Mailou Jones Mob Victim Meditation  

Plusieurs milliers de Noirs ont été lynchés entre 1880 et 1980...
composée en 1936 par Abel Meeropol, la chanson Strange Fruit évoque ces "fruits" portés par les peupliers du Sud, une célèbre interprétation de Billie Holiday

< Loïs Mailou Jones montre ce Noir en méditation avant son supplice

 

Loïs Mailou Jones, Mob Victim
(Meditation), 1944
(courtoisie Musée quai Branly)
clic=zoom

 

* : le terme Afro-American est abandonné
pour African-American, plus égalitariste

 

  art Peinture Américaine Faith Ringgold American People Series The Flag is Bleeding  

Les deux décennies après la 2è guerre sont marquées par la conquête des droits civiques, grâce à des héros comme Rosa Parks qui en 1955 prend une place réservée aux Blancs dans un bus, Martin Luther King qui lance son célèbre "I have a dream" en 1963, l’assassinat de Malcolm X en 1965, ou l’emprisonnement d’Angela Davis en 1970

< ce fut aussi une époque riche en manifestations artistiques noires faisant écho aux luttes politiques

 
Faith Ringgold, American People Series #1, The Flag is Bleeding, 1967
(courtoisie Musée quai Branly) /clic=zoom

 

l’art au Mexique 1900-1950

 
le Mexique a toujours été une source de migration, apporteur aux USA d’une culture différente, caractérisée en art plastique par un genre et un style cohérents avec son contexte particulier, notamment influencée à une certaine époque par le communisme ; impossible donc de ne pas évoquer ce pays voisin du rêve américain ;

l’histoire chaotique de ce pays dans le début du 20è siècle a provoqué l’apparition d’un art populaire contestataire ou exalté lié à la politique et la situation sociale

> si la qualité esthétique ou technique des oeuvres n’est pas toujours évidente, si des oeuvres apparaissent assez naïves (y compris celles des incontournables Frida Kahlo et Diego Rivera), certaines sont belles, étonnantes et fortes comme ces 3 réunies ici

Martinez Oliverio, Ouvrier, 1935
Ezequiel Negrete Lira, Etreinte, sans date
David Alfaro Siqueiros, sans titre, 1947
(courtoisie RMN) /clic=zoom
  art Peinture Mexique

1964 : les américains renversent l’Europe

 
déjà après la seconde guerre mondiale, la question de l’art américain ne veut plus se poser en termes de reconnaissance mais de domination sur la carte mondiale, liée à la croissance extraordinaire de l’économie des USA.
C’est une toute autre Histoire de l’art qui commence par un événement tonitruant : l’éviction de l’Ecole de Paris au Grand Prix de Peinture à la Biennale de Venise de 1964, par la nomination de Robert Rauschenberg ; cet acte concrétise le triomphe de l’art américain par l’innovation, le business, le soft-power yankee (lié à son économie florissante), ceci avec l’appui insistant de... l’Ambassade américaine ! c’est aussi l’ère de l’économie mondiale de l’art qui débute ; une prédominance qui n’a ensuite jamais diminué

 

Robert Rauschenberg Salvage art Peinture Américaine

< la série Salvage (1983-1985) de Robert Rauschenberg est la dernière à avoir été réalisée sur toiles peintes et sérigraphiées à partir d’images trouvées -sauvées- ; on retrouve en 2D le style caractéristique de l’artiste où l’incrustation d’objets dans les oeuvres reste sa marque de reconnaissance ;
"Salvage" vient du vocabulaire maritime qui désigne le secourir des rescapés et, par extension, la récupération de biens ; les objets ou images visibles dans ces peintures n’ont pas de signification propre : "considérant le monde comme une peinture", Rauschenberg cherche simplement "la manière la plus astucieuse de regrouper et de recadrer les éléments du monde réel pour les introduire dans son oeuvre" [DP]

 

Robert Rauschenberg, Salvage, collage-papier, 1985
(courtoisie Galerie Ropac) ... clic=zoom

 

James Rosenquist art Peinture Américaine

 James Rosenquist, Brazil, 2004, oil acrylic
fiber element, 236x733x18
extrait / clic=oeuvre complète
(courtoisie Galerie Ropac Pantin)

James Rosenquist (1933-2017) est une des plus grandes stars du pop-art, aux côtés d’Andy Warhol, Roy Lichtenstein et Claes Oldenburg ;
il est identifiable par un style flamboyant, coloré, mêlant des éléments typiques du cinéma, des médias et de la consommation américaine dans des compositions dynamiques qui agrègent des morceaux de vies ou des parcelles de lieux comme s’ils étaient flashés

 

< ses débuts de peintre publicitaire l’ont conduit à créer d’immenses tableaux qui pourraient figurer le long des routes ! il compose souvent à partir d’images déformées à l’aide de cônes en métal réfléchissants, qu’il transpose ensuite à main levée sur une toile quadrillée ; cette image est un extrait, clic dessus pour révéler son immensité.

 

plus d’infos :

Cette page s’appuie sur plusieurs expositions :
> les américains qui ont renversé l’Europe : Rauschenberg et Rosenquist chez Ropac et Carl Andre au MAMP
> Edward Hopper au Grand Palais
> la Peinture Américaine des Années 30 à l’Orangerie
> l’art au Mexique 1900-1950 au Grand Palais
> la Color Line les artistes african-américains* et la ségrégation au Musée du quai Branly

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