tapez un ou deux mots :

gare aux modes !

 

faut-il suivre la mode ?

suivre les modes, une façon de s’initier en art actuel ? risqué car, par définition, elles se... démodent !
C’est nouveau : tout le monde en parle mais on ne sait quel marketing l’a suscité ; les pipoles l’enflent comme une troupe de canards, les goupils en profitent et gonflent les prix : en serez-vous les pigeons ?
Si la mécanique est connue, en art elle se reproduit régulièrement ; à vous de détecter tôt les vraies valeurs des éphémères qui, parfois, vont éclater comme des bulles ; sachez soit zapper à temps, soit les exploiter.
Dans cette page :

 

illustration par un exemple :

> en design aussi, la mode actuelle du vintage pousse à l’aquisition de retirages de pièces connues voire célèbres, souvent à hauteur de prix exagérés

> ce fauteuil icône conçu par Charles & Ray Eames en 1956, est vendu entre 5000 et 7000€ pour des exemplaires retirés en 2005 :

 

> accueil d’Almanart

> sommaire de comprendre

focus : la les modes, tendance en art contemporain, tendance et engouement, vogue et mode

 

attention aux bulles !

comme en économie, l’art créé des bulles qui, comme le chewing-gum, vous éclatent au nez !

Il faut distinguer les bulles d’origine extérieure à l’art, comme la crise financière de 2008, et celles internes au monde de l’art, dues à la spéculation sur un genre ou un artiste, propulsés par un lobby marchand ; elles sont liées à un engouement artistiquement irrationnel lié à une relative ignorance et un manque de méfiance de la part du public : un genre artistique, un artiste belle-gueule devient à la mode, dont on ne sait pas trop l’origine mais dont on sait sûrement qui en profite... pas vous, collectionneur, sauf si vous êtes averti et savez en jouer.

Si l’art est avant tout une affaire de sentiment, ce n’est pas une raison de vous faire tirer le portefeuille sous prétexte qu’il est aussi situé près du coeur ! Il faut que vous sachiez quel sont les "justes prix" de vos élans, et sachiez vous détacher des modes, qui ne sont pas du tout formatrices en art

le bling-bling chinois

dans les années 2000 c’est l’exemple caricatural de l’art actuel lancé comme une lessive puis, tout-de-même, retombé rapidement et presque complètement ; méga-chien ou crocodile en plastique rouge, voyez le genre... ;

cet art gadget s’est développé entre 2004 et 2007, un tape à l’oeil monté en maillonnaise, profitant de l’engouement envers l’art chinois qui, en général est bien meilleur ; qu’en reste-t-il ? rien, ou presque... la crise a mis un peu d’aplomb dans l’aile du canard.

Par exemple ce machin très cher a envahi certaines boutiques (pardon : galeries) ; Almanart l’avait dit : ce n’est pas de l’art ; ce genre kitsch s’est crashé sur le mur de la crise de 2008 qui a remis l’accent sur les vraies valeurs. Ceux qui ont succombé à cette mode hors de prix s’en mordent les pattes... en plus ils frisent le ridicule !

 

 

 

la photographie

c’est l’inverse : la mode s’est développée plus lentement ; ayant décollé dans les années 1990, la surexposition (!) de la photographie a continué quelques dizaines d’années puis vers les années 2010 le marché s’est stabilisée ; actuellement il n’a pas baissé, stabilisé en position assez haute et s’est assaini ; grâce à la popularité de la photo, que tout le monde peut comprendre, il n’y aura ni bulle ni ascension exagérée.

Toutefois les prix sont nettement trop hauts ; on a beau rappeler que la photo ne produit pratiquement que des oeuvres multiples qui ne devraient pas être plus chères que d’autres oeuvres dupliquées, par exemple rester au niveau d’une lithographie d’un grand nom comme Monory, qui ne vaut que quelques centaines d’Euros... et pourtant, bien des photos récentes se vendent bien plus : quelle farce !
Pourtant cela dure depuis des années : la foire Paris-Photo, née en 1996, entretient la confusion en accueillant aussi bien des photos d’art contemporaines, des tirages vintage et des clichés de reportage ; il est naturel que le badeau non prévenu fasse l’amalgame, seuls les amateurs avertis savent s’en prémunir.

Heureusement la période est finie où tout bon cliché se voyait bombardé "oeuvre d’art", y compris le porno-chic (achat qu’on n’oserait plus accrocher), le reportage social ou le portrait de stars, de sorte que le jeune amateur a du mal à distinguer une photo artistique d’une photo tout court...

> cette photographie de Cédric Delsaux inspirée de Stars War n’est évidemment pas du reportage ! cette magnifique composition imaginaire est tirée à 5 exemplaire en grand format, conformément aux usages en art plastique :

Cédric Delsaux, At-Cw1base, série Back-to-the-stars, 2018
(courtoisie Galerie Gutknecht) / clic=zoom
 

L’amateur d’art a dans le domaine de la photo, une double difficulté :
> celle d’identifier la démarche du créateur, critère qui permet de différencier le plasticien du simple photographe
> celle du tirage, de la quantité mise sur le marché ; n’importe quel objet de collection voit sa valeur liée à sa rareté, or les tirages exagérés existent encore en photo, mais beaucoup moins qu’avant ;
désormais (en 2018) les plasticiens photographes prennent les mêmes normes que les artistes et plafonnent leurs tirages à 3, 5 ou maxi 7 exemplaires) : le ballon est en train de se dégonfler doucement, sans éclater, au bonheur du collectionneur qui a même vu certains prix baisser

 

la bande dessinée

en 2006 la BD a explosé sur le marché avec les records exagérés de Bilal  ; depuis 2010 les marchands cherchent visiblement à en tirer le max en sortant des planches originales de tous les bons dessinateurs les uns après les autres... et des planches, il y en a un stock énorme puisqu’on peut multiplier pour un seul auteur les pages par les cases !

Attention à l’atterrissage...

 

 

le street art

c’est seulement en 2007 que le graffitisme a vraiment décollé, boosté par l’exposition de 2009 au Grand Palais. La bulle était fortement crainte par de nombreux professionnels ; voici un édito d’Almanart en 2011 :

"le street art est-il en train de nous faire une bulle ?
> l’art des rues ressemble à l’impressionnisme d’autrefois : comme lui il est né hors des salons, dénigré, insulté, puis est entré dans les galeries d’avant-garde et maintenant il est en salons, livings bourgeois et musées
> cet art a déjà ses artistes historiques, des mairies proposent des murs ; les prix des oeuvres sont mis en orbite et quantité de seconds couteaux émergent
> alors des indices bullesques pointent : certains artistes ne se retiennent plus et bombent à tour de bras, d’où une inondation d’oeuvres qui se font vite ; tout le monde en veut, même les galeries classiques en-ont-un-ou-deux-sait-on jamais ; les maisons de vente ont leurs départements spécialisés
> le résultat commence à être visible : des oeuvres trop dupliquées, trop vues, parfois de qualité moyenne, des prix excessifs, une pléthore d’artistes suiveurs ou copieurs...
> bref, il va falloir désormais sévèrement trier entre le gain et l’ivresse (sic)
"

Cela a continué jusqu’en 2012 puis en 2014 on a pris de recul et l’on sait maintenant distinguer les bons artistes des suiveurs et autres imitateurs : la bulle n’a pas éclaté, elle s’est dégonflée car le domaine est devenu plus sélectif ; mais attention, restent quelques exploiteurs...

> il faut de plus en plus distinguer les artistes qui font du street pour galerie "sans se mouiller" et ceux qui gardent leur vocation des rues et opèrent aussi en galerie ; la différence est la spontanéité, parfois l’humour comme le montre Petite Poissone :

Petite-Poissone, Ainsi-parla-Zara,
rue Françoise Dolto Paris, 2016
(courtoisie l’artiste) / clic=zoom
 

 

le dessin

depuis 2010, c’est le dessin contemporain qui se gonfle comme le crapaud de La Fontaine.

Il était venu au premier plan en 2008, partiellement grâce à la crise (c’est une oeuvre unique présumée abordable) puis, par la multiplication des foires de dessin., ses prix ne cessent de croître : une bulle se constitue peut-être, mais on ne sait pas encore si le marché saura séparer les bons et moins bons artistes.

Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’il y a eu trop de foires de dessins en 2011 (voir la liste), que leur nombre a un peu diminué depuis 2013 et qu’il faudra refaire le point lors de la semaine du dessin au printemps 2019 : à suivre...

 

le design

les amateurs de belles choses ont diversifié leurs sources et leurs domaines d’acquisition : le design en fait partie, pour plusieurs raisons :
> les collectionneurs d’art s’y sont vite intéressé
> les artistes et les designers sont parfois confondus, ne serait-ce que par moments, voyez cette analyse

En 2017-2018 c’est l’explosion : après la Paris Design Week une quantité de foires ou ventes soi-disant "de Puces" ont déboulé, les vraies Puces elles-mêmes se sont mises au goût du jour... au point qu’on se demande parfois d’où vient la marchandise... Les prix deviennent exagérés mais on constate en 2018 que de belles pièces sont trouvables du fait de la grande concurrence qui s’est désormais installée.
Méfiance et sachez distinguer les "vraies" vintage, les retirages contemporains non signés ni numérotés et vendus en grand tirage. ..

 

vrilles et rebonds :

il y a aussi des modes "inverses" , impliquant des mises au placard ; et qui parfois rebondissent ; deux exemples :

> le célèbre artiste Georges Mathieu, mal coté, invisible car boycoté pour des raisons politiques ! mais à qui le Jeu de Paume a su en 2002 démontrer l’injustice faite ; il a dès lors remonté son audience et sa cote

> idem pour la figuration narrative, peu connue à l’étranger, qui a été en réhabilitation depuis l’été 2008 grâce à l’exposition au Grand Palais.

Lorsque des artistes de très bonne qualité voient leur visiblité diminuer car ils ne sont plus dans le coup et que, partant, leur cote diminue, voila une occasion pour l’amateur éclairé et patient d’acheter (s’il aime l’artiste) ; à condition d’être en bonne santé et pas trop vieux... car il est possible d’attendre quelques dizaines d’années pour voir une remontée !

un truc de pro : veiller aux grandes expositions internationales capables de faire remonter les cotes et agir bien avant qu’elles soient dans les agendas publiques
exemple : après la Galerie Templon à Paris en 2018, "après trente ans d’absence, retour triomphal de Georges Mathieu à New York" (à la galerie Nahmad) titrait le Figaro de... janvier 2019 !

 

comment détecter une bulle ?

une bulle se manifeste par des prix en hausse forte par rapport à la moyenne du marché ; elle est bornée par un commencement et une fin, de sorte que sa détection précoce est difficile puisque la preuve de son existence s’établit à... sa mort ! La bulle forme des cotes en montagnes russes et, à terme, des investissements périlleux ; elle entraîne un risque de faux  ; en fin de compte elle place les amateurs d’art en victimes.

Pour détecter l’émergence d’une mode, posez-vous ces quelques questions :

> parmi tous les sujets, genres, techniques, médias d’art, l’un d’entre eux est-il en train d’occulter les autres ?
> toutes les revues parlent de ce jeune artiste-star : mais quel est son parcours, sa démarche, ses idées... son style est-il réellement novateur et surtout par qui est-il soutenu ?
> telle oeuvre déjantée nous tente, mais quel sera notre regard dans 2, 5 ans ?

Gardons bon sens : l’important n’est pas le médium, c’est ce qu’en fait l’artiste ; son travail, sa qualité, la constance de sa démarche, sa sincérité, sont des bases qui prévalent à long-terme. Ne soyez pas timides : parler avec l’artiste ou lire les articles le concernant permet d’apprécier son histoire, s’il a quelque chose à dire, bref : voyez s’il n’est pas bidon.

L’histoire de l’art moderne est une bonne antidote aux excès : savoir que Malevitch a conçu l’oeuvre abstraite ultime en 1915 (le carré noir sur fond blanc) peut relativiser votre ardeur sur une peinture minimaliste récente et soit disant innovante ; connaître le mouvement pop vous permet de mieux peser une découverte qui peut être plus une simple réadaptation.

 



 

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