le design des années 90-2000

 

 

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7° partie, années 90-2000 : business et écologie

 

 

les années 90 voient la mondialisation et les technologies envahissantes ; les échanges deviennent planétaires et temps réel, internet s’installe dans notre poche, les médias se multiplient et se diversifient : on croule sous les sollicitations sonores et visuelles... En ces mêmes temps, l’économie européenne ralentit et cherche à simplifier les objets et diminuer leurs coûts. Quels effets sur le design, après l’esbroufe des 80’s ?

étude de Claude Maisonneuve avec la collaboration de la journaliste Sandrine Zilli
toutes images : clic=zoom

 

l’avènement du low design

"que faire après l’orgie ?" s’interroge notre philosophe de la contreculture, Jean Baudrillard en 1990 ; la réponse tombe sous forme de guerre du Golfe, le nouveau feuilleton en direct. Le monde devient frileux alors qu’il était déjà en crise sans le savoir ; alors le design, plus proche des préoccupations des gens que l’art plastique, subit de graves remises en question : retenue et économie de moyens aboutiront à l’épure.

Un groupe de jeunes designers français dont Christophe Pillet, futur collaborateur de Philippe Starck, va incarner ce courant Low design (design discret), synthétisé dans un ouvrage édité par VIA en forme de manifeste : "Modernité et Modestie" (1994).

  Martin Szekely  

L’un des vrais modestes, Martin Szekely -voir ci-après- se fait connaître pendant que l’opportuniste Starck déclare "je veux créer des objets qui aiment les gens"...

 

Martin Szekely, Unit-Tower

 

Christophe Pillet, série Nouvelle vague
  Christophe Pillet

En 1993 au Grand Palais, l’exposition "Design, miroir du siècle" mélange joyeusement design industriel et design créatif, pour inciter les industriels à coller aux aspirations du moment... et relancer le business qui s’essouffle. Et tout le monde s’y met : Starck chez Thomson entraîne dans sa suite des jeunes premiers prometteurs : Matali Crasset, Philippe Jourdan, Patrick Jouin.. des noms à retenir !

 

la relance business

pour relancer la consommation malgré la crise on invente le concept des "concepts products" (produits de rêve), un prétexte assez large pour que tout y passe. Des concours de designers fleurissent chez Moulinex, EDF pour des pylônes (Marc Mimran), Ricard pour la carafe (Elisabeth Garouste et Mattia Bonetti), Perrier pour un verre...

  Marc Mimran  

... avec l’appui d’agents comme Françoise Darmon ou Kréo, afin de créer une symbiose entre créatifs et industriels appuyé d’un prix : les "Janus de l’industrie".

 

 

Marc Mimran, Pylones

 

Elisabeth Garouste et Mattia Bonetti, Carafe Ricard, 1993
  Elisabeth Garouste et Mattia Bonetti Carafe Ricard

Les artisans ne sont pas en reste : des designers tels que Olivier Gagnère, ex Memphis, favorisent le rapprochement du design avec l’artisanat de qualité.

Le Ministère de la Culture lui-même invite des designers à travailler dans les ateliers et forme de nouvelles générations en ouvrant des écoles de design partout en France ; toutes les disciplines sont concernées :
> la céramique (Manufacture de Sèvres -devenue Cité de la Céramique, Vallauris avec Ronan Bouroullec)
> la verrerie (Murano et le CIRVA à Marseille -Centre International de Recherche sur le Verre), Daum pour lequel Philippe Starck, André Dubreuil, Eric Schmitt réhabilitent une technique d’enchâssement de la pâte de verre
> et bien sûr, les disciplines du bois, du plastique…

Cette expansion est propice à l’anticipation, marquée par l’extraordinaire film Le Cinquième Elément, que Luc Besson propose en 1991 à l’illustrateur et créateur de BD Jean-Claude Mézières

 

 

Jean-Claude Mezieres, étude pour Le 5è élément,
la NY-Bibliotheque 1992
(courtoisie Jean-Claude Mézières)
  Jean-Claude Mezieres Le 5è élément

le design envahit tout

Rien n’arrête nos designers qui conçoivent des ensembles complets pour cafés, hôtels, musées, restaurants, boutiques (Philippe Starck encore, mais aussi Andrée Putman, Christophe Pillet, Kristian Gavoille et Valérie Garcia

  Krisitan Gavoille  

alors la décoration intérieure change de statut et envahit des "espaces à vivre", beaux, lumineux et connectés, tandis que dans les hôtels et restaurants, même la cuisine doit coller à "l’image" du lieu !

 

 

Krisitan Gavoille
Hôtel de l’Île de la Lagune

 

La diffusion de ces objets design s’élargit à des boutiques branchées et leur site internet : Colette et l’Eclaireur à Paris, Conran Shop à Londres (le 1er), 10 Corso Como à Milan, Bond 7 by Selima à New York, mais aussi à la VPC comme La Redoute avec les "good goods" (par qui ? Starck, bien sûr...) pour toucher les jeunes.

Evidemment le trio de choc du design, Londres-Paris-Milan, participe à ce joyeux courant "néo-seventies" qui verra naître le tabouret coloré empilable de Tom Dixon (1996) (lien+image), les poufs colorés "smarties" de Michael Young (1997)...

  Rody Graumans  

Les "Nordiques" ne sont pas en reste : le Droog Design a déjà crée le choc à Milan en 1993 avec un lustre révolutionnaire de Rody Graumans et le suédois Peter Brandt créer le tabouret Bimbo Stool empilable (mais si inconfortables), bien sûr en multiplis de bouleau moulé, une spécialité du pays.

 

Rody Graumans, 85-lamps, 1992, 85 bulbes
remplacés désormais par des Led
Peter Brandt, tabourets Bimbo Stool, 1994
 

Les stars des années 90 s’appellent désormais Matali Crasset, Patricia Urquiola, Marcel Wanders, Karim Rashid, Konstantin Grcic, les frères Bouroullec...

Un jeune français dénommé Ora-Ito (néologisme qui associe deux mots : la "simplexité" est l’art de rendre simple des choses compliquées) s’est fait une célébrité au début des années 2000 en détournant virtuellement des grandes marques : ainsi lorsque son sac à dos Back-Up-Louis-Vuitton (jeu de mots sur bag up et retour arrière) apparait dans le magazine Jalouse, des gens vont chez Vuitton l’acheter alors qu’il n’y existe pas...

 

 

Ora-Ito, Back Up Louis Vuitton, 1999
  Ora-Ito Back Up

Dans les 2000’s l’horizon économique s’est éclaircit, la vraie-fausse guerre du Golfe est passée, comme la vraie en l’ex Yougoslavie (1992-1999). Aux préoccupations guerrières des 90’s s’est substituée l’inquiétude écologique du nouveau siècle.
Les 2000’s virent aussi l’avénement des bobos (bourgeois-bohème), ces trentenaires aisés filles et fils des soixante-huitards, adeptes du négligé chic, de l’écologie (des villes), de cultures et qui squattent les quartiers chics branchés, comme le Marais à Paris

 

la révolution verte et brune

depuis une vingtaine d’années, la prise de conscience du mode effréné de consommation sans limites, touche progressivement mais sûrement le design. Comme celui-ci est un reflet des moeurs, se développe en parallèle un design écologiquement responsable, avec des réponses variées, parfois opportunistes.

Les frères brésiliens Campana tentent d’appliquer le principe de la récupération sur des créations aux formes volontairement imparfaites, composées de matériaux récupérés au hasard dans les rues des favelas. Leurs créations sont fantasques, comme la Banquete Chair (2003), fauteuil composé de peluches d’enfants cousues entre elles, donc pièces uniques : un mode d’assemblage qu’ils privilégient.

 

Fernando et Humberto Campana, Banquete chair, 2003
  Fernando et Humberto Campana Banquete

 

Le néerlandais Piet Hein Eek, créateur et éditeur, travaille des morceaux de bois récupérés (scrapwood) qu’il assemble en marqueterie et laque ; l’imperfection et l’aléatoire sont au rendez-vous, en rupture avec la tradition industrielle des formes standardisées. Il use de ce paradoxe : un meuble parfait perd de sa valeur au moindre accroc, mais crée imparfait il a déjà une histoire, les planches de bois ont une couleur lacunaire, une odeur souvenir de leur vie passée…

 

Piet Hein Eek, Cupboard, série Scrapwood
  Piet Hein Eek

le green washing

s’opère aussi un puissant retour vers le bois, grâce à son recyclage doux (théorique : qui va jeter un meuble design acheté cher ?) et surtout grâce au chic concept écolo-artisanal que le bois véhicule auprès des bobos des grandes villes… C’est une belle occasion de vendre de "nouveaux" produits "authentiques"... voyez combien il est difficile de distnguer les motivations écologiques du marketing...

  Johannes Andersen  

Souvenez-vous de la vague du mobilier en bois scandinave des années 60 : ainsi ce néo-mouvement des 2000’s s’accompagne-t-il d’un retour du vintage issu de ces anciennes productions, recyclées moyennant lifting. Voila que fleurissent les boutiques vintage-design, proposant des mobiliers anciens aussi bien particuliers qu’industriels, aussi bien en bois qu’en métal !

 

 

Johannes Andersen, enfilade scandinave, teck, env.1960

Et puis il y a des dérives, comme cette collaboration entre l’éditeur américain Emeco et Coca Cola : la Navy Chair version 2010 (image), issue de 111 bouteilles de Coca, recycle à elle seule 3 millions de bouteilles en plastique par an, belle pub ! Cet exemple montre la capacité d’adaptation de ces firmes dont on a une mauvaise opinion mais qui nous sont indispensables : l’écologie à la mode, c’est vendeur, cela s’appelle du green washing.

 

et la mode ?

dans les 90’s

le marché réagit aux difficultés :

  Yamamoto fashion  

> de nouveaux groupes US (Gap), Espagnols (Zara) ou Suédois (H&M) servent le marché du réassort ; le ton est au gris et noir, témoins d’austérité. Les grandes marques multiplient les a ccessoires, leur permettant d’asseoir leurs parts du marché mondial par une mode désacralisée ; elles érigent le cheep en principe de consommation, au moyen de concept-stores et de boutiques arties

le japomais Yamamoto est un témoin de cette mode sombre
et asymétrique (courtoisie Yamamoto fashion)

> autre courant : les mélanges chic-cheep, vieux-neuf-récup ou original-copie dûment mondialisés, qui deviennent l’image de cette réalité sociale plus austère, plus responsable. Bonne conscience et écologie, le naturel est poussé à l’extrême, porté par des mannequins interchangeables : la mode épouse un corps stylé "bio, écolo" où la jeunesse éternelle et la beauté lisse prennent le pas sur le chiffon qui le recouvre

> à la fin des 90’s, quelques ludions géniaux vont réagir et faire émerger de nouveaux désirs pour redonner à la mode son rôle de "parure" avec des envies de fantaisie et de beauté (Thierry Mugler, Jean Paul Gaultier, Christian Lacroix )

 

dans les 2000

deux tendances prennent la relève :

  Pepejeans London  

> l’indépendance de jeunes créateurs qui alimente les petits magasins fashion des quartiers bobos en pièces originales, relativement libres de toute tendance, en série forcément limitées voire pièces uniques

> un retour au style des années 60-80, dans la même mouvance que le design : le vintage commence à se vendre dans des boutiques spécialisées de l’occasion de luxe, puis est imité dans le neuf, coire même par certaines grandes marques

sous la fantaisie, le jean omniprésent relooké bobo
dans les années 2000 (courtoisie Pepejeans London)

> et... vint cette horreur arriver : la "taille basse" qui, incompatible avec la malbouffe, révéla ces hanches empâtées, bides gras, fesses molles et autres gracieusetés à subir le nez dessus dans le métro... Une mode populaire signe du déclin ?

 

le marqueur automobile : la fin

> rappel : nous avions pris à partir des années 60, l’automobile comme un marqueur de style de vie.

Ces 20 ans voient progressivement s’accentuer la pression dogmatique contre l’automobile, accusée de tous les maux : pollueuse, énergivore, dangereuse... oubliant que vecteur de liberté dans les 60’s, elle est devenue l’outil indispensable du travailleur non parisien intramuros. Mais l’effet bénéfique est de pousser la recherche industrielle pour maîtriser ces trois calamités ; en 20 ans les progrès sont immenses.

Bien sûr l’indispensable auto continue de proliférer, avec une banalité jamais atteinte en design : l’ensemble du parc suit un style neutre-asiatique-nez-bas-pointu qui fait que toutes les voitures se ressemblent, sauf quelques rares modèles innovants ou de grand luxe... c’est la fin de la création design automobile !

  Toyota Prius   Smart   Renault Scenic
Toyota Prius hybride 1997
Smart 1984
Renault Scenic 4X4 2000

 

En gros, on distingue trois courants : les voitures banales citées, des autos minuscules pour la ville, des engins hauts et 4x4 urbains... En fin de décennie pointent les premiers hybrides électriques/thermique puis les prototypes tout-électriques qui viendront en libre-service dans les villes dès 2012, avec un design tellement hideux que personne ne risque de les voler (contrairement aux Velibs qui finissent en Afrique) !

 

 

  plus d’infos :

> les Années 90 d’Anne Bony (Ed du Regard)
> la mode des années 90

 

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