les artistes français à l’international

 

un artiste "français", c’est qui ?

un constat : il y a un manque flagrant de visibilité des artistes français à l’international.

C’est un point très douloureux pour les artistes, les amateurs d’art et pour les collectionneurs, qui justifie ce relativement long article.

Cela bouge mais lentement, ce que montre ce reflet de l’actualité internationale par quelques exemples d’artistes français à l’honneur :

 
  • un artiste a-t-il une nationalité ?
  • français, dites-vous ?
  • les efforts de 2011 à actuellement
     

 

 

 

César, Expansion, 1991, mousse polyurethane
Affiches, 1976, papier collé,
Collections Particulières
(courtoisie Centre Pompidou)
clic=zoom

 

 

 

> accueil d’Almanart

 

l’actualité française par une exposition :

> enfin une rétrospective de César Baldaccini à la hauteur de son art ! avec une scénographie judicieuse qui présente son oeuvre dans un seul immense espace ouvert, la distinguant par gestes : fers soudés, compressions, expansions, empreintes, enveloppages (très peu connus)
> cet artiste a révolutionné l’art en s’imposant en force : par des innovations audacieuses, la mise en oeuvre d’outils industriels, et par un comportement personnel plutôt rustique mais qui va avec : une personnalité !
> à voir jusqu’au 26 mars 2018 au Centre Pompidou (article en cours d’écriture, merci)

 

focus : artistes français à l’étranger à l’international, plasticien français dans le monde, top 100 des artistes et contemporary-art-market

 

 

un artiste a-t-il une nationalité ?

 
désigner un artiste par une "nationalité" indique que ce créateur a choisi de travailler essentiellement dans cette nation-là, quelle que soit son origine : c’est une désignation culturelle, pas administrative, ainsi :

> Julio Le Parc n’est pas un artiste argentin mais français : né en 1928 à Mendoza, il s’est établi à Paris dès 1958
> Louise Bourgeois était une artiste américaine, pas française : née à Paris en 1911, installée à New York en 1938, elle a été naturalisée américaine
> Huang Yongping est un artistes français : né à Xiamen en 1954, il a quitté la Chine pour la France en 1989 lors de l’exposition Les Magiciens de la Terre à Pompidou ; il travaille à Paris et a co-représenté la France à la Biennale de Venise en 1999
> Pierre Huyghe, présenté comme un français en 29è position mondiale par le Top 100 ArtReview 2015, vit et travaille à New-York, donc pas français...
> Benjamin Vautier alias Ben est 100% artiste français puisqu’il se caractérise par des tableaux écrits (voyez sa rétrospective au Musée Maillol)

22:02 30/09/2011
Ben, Le Chant du Critique d’Art (courtoisie-Musée Maillol)

 

    quand à l’étranger on parle de "Paris", ce n’est pas de l’espace administratif restreint à 2M d’habitants (une moyenne ville chinoise), mais bien de l’espace culturel du Grand Paris de 10M d’habitants : "Paris est plus une ville de culture que de nature" observe l’artiste Gérard Traquandi ; de même quand on parle d’un artiste de New York, on ne regarde pas s’il vit à Manhattan, Brooklyn ou dans le Bronx...
 

 

Cas plus délicat : celui qui est implanté dans plusieurs pays et y est imprégné de leurs cultures :

> Barthélémy Toguo est installé aussi bien en France qu’au Cameroun (où il a créé une structure d’art) ; il a toujours été très mobile : après des études aux Beaux-Arts d’Abidjan, de Grenoble, de Düsseldorf, il n’a cessé de parcourir le monde ; on dira alors qu’il est un artiste Franco-Camerounais et peut-être même "mondialiste"

malgré son travail prolixe et international, Barthélémy Toguo
s’est donné la peine de créer et d’éditer chez Item à Paris
(anciens ateliers Mourlot) une série de lithographies tirées à un
nombre et un prix raisonnables
Barthelemy-Toguo, litho, 2009, 56x76
(courtoisie Item Ed) / clic=zoom

 
en conclusion la bonne façon de topographier la culture de l’artiste serait celle-ci : "X né à Beyrouth, vit et travaille à Paris et Berlin" ; finie la nationalité, vive la mondialisation !

 

 

 

 

artiste français vivant, dites-vous ?

 
"les artistes français encore très largement méconnus à l’internationale" : titrait déjà Les Echos en 2011 (1er journal économique francophone) : le 1er artiste français, Combas, venait en 145è position, suivi de Pierre & Gilles en 167è... les premières places sont squattées par des américains et des chinois, suivis des anglais et des allemands : pourquoi pas les français ?

Est-ce mieux en 2016 ?
> aucun français dans les top 100 ; Combas vient en 106è position suivi de Orlinski en 121... mais ce classement vient des ventes aux enchères (par absence d’autres données), or l’intérêt artistiques de plusieurs de ces haut-cotés n’est pas évident...

> les français sont mieux placés sur des critères de visibilité artistiques, mais les données datent un peu : en 2012 parmi les 100 premiers figuraient les grands comme François Morellet, Pierre Soulages, Daniel Buren, Sophie Calle, Pierre Huygue et Christian Boltanski et un artiste plus jeune : Anri Sala

> l’appel de Christophe Leroux (plasticien
franco-américain) est tout à fait opportun :
Debout, tôle froissée peinte 2010,
(courtoisie l’artiste) / clic=zoom
 

 

mes boulets d’artiste français :

> je ne parle pas anglais couramment
> je fais de l’art conceptuel ; "l’art français est conceptuel alors que le marché international ne l’est pas" rappelle Antoine de Galbert ; pire, je fais d’invendables installations...
> de culture catholico-gauchiste je n’aime pas l’argent et les marchands d’art sont des siphoneurs !
> comme l’art se bien vend bien à NY, HK car lié au dynamisme économique, eh bien, pusique pour être vu en France il faut d’abord l’être ailleurs, je vais partir et tant pis si je ne serai plus un "artiste français" !

Ces problèmes sont ceux des artistes plasticiens ; dans le design artistique la question ne se pose pas : il y a des stars comme Starck ou les Bouroullec et la plupart des designers travaillent en entreprises (la leur ou d’une marque) et ne sont pas décomptés comme "artistes" ; de même pour les photographes qui ne sont pas plasticiens

 

 
nos sources :
1/ l’indice ArtIndex du Journal des Arts : un compte de points sur les expositions internationales, l’importance de ces expositions et leur ancienneté ; c’est un indice de notoriété par opposition aux indices du marché ; les artistes chinois sont peu présents car les expositions en Chine sont mal décomptées
2/ Art review publie en fin d’année son top 100 du monde de l’art (pas seulement des artistes)
3/ Artprice analyse en permanence le second marché de l’art et publie des conclusions anuelles
 

 

 

 

les efforts de 2011 à actuellement

 

2011 : premières initiatives

Miguel Chevalier a son atelier à Ivry ; ce pionnier de l’art numérique interactif est connu dans le monde entier ; mais il sort des statistiques internationales car ses installations ne se revendent pas au second marché (enchères)
(courtoisie l’artiste) / clic=zoom

rien n’est définitif, dès 2010 des acteurs concourent à promouvoir les artistes vivant en France :

> le soutien de mécènes se renforce par les réformes juridiques et fiscales de 2011, pour prendre la relève des institutions publiques à court d’argent

> beaucoup d’initiatives publiques ont été maintenues pendant la crise : pour les expositions Paris concurrence Londres ou New York qui, eux , ont momentanément plongé

> certaines représentations à l’étranger se démènent (pas toutes !) comme l’Institut Français, l’Alliance Française, mais de manière trop dispersée

> un travail à long terme est entrepris par des galeries françaises qui cherchent une dimension internationale, palliant le marché français en panne

 

 

 

> l’ADIAF (Association pour la Diffusion Internationale de l’Art Français) monte en puissance et accentue la visibilité des artistes contemporains vivant en France, avec le soutien du Centre Pompidou

   
Gilles Fuchs, Président de l’Adiaf [AMA Newsletter 125, octobre 2013] : "en France on avait tendance à penser que l’art était défendu exclusivement par les institutions publiques, un art officiel ... dans d’autres pays il y avait des musées privés sponsorisés par des entreprises ; la première chose que nous avons faite est d’exposer des artistes français de collections françaises, que nous avons montrés à l’étranger"

 

 

2013 : la bascule

 
de nombreux français exposent en Europe, quelques-uns aux USA, quelques rares en Chine ; quelques succès :

 

Sophie Calle au musée à Boston :

> fin 2013 elle présente au Isabella Stewart Gardner sa passionnante série "Last Seen" ou "Tableaux dérobés" : réunion d’une photo de l’emplacement, vide, d’un tableau dérobé dans un musée, et de descriptions qu’en font de mémoire les personnes connaissant ces tableaux ; résultat pittoresque comme cette peinture brûlée où ne subsiste qu’un pleureur

Sophie Calle, Le Major Davel, sérigraphie, 1994 / clic=zoom

"Ceci n’est pas" à Los Angeles :

> première édition du festival photo franco-américain Ceci n’est pas à Los Angeles, organisé par l’Institut de France : 100 artistes des deux pays dans des lieux variés : galeries, centres d’art, le Hammer Museum

à la Galerie Cherry and Martin, Los Angeles :
Bernard Pifaretti, ST, 2012, 260x200
(courtoisie gal. CherryandMartin,LA)
clic=zoom
 

   

les Bouroullec au Musée à Mexico :

> l’été 2013 le MUAC Ciudad (Museo Universitario Arte Contemporáneo) de México expose aussi bien Ronan & Erwan Bouroullec que Yona Friedman

Ronan and Erwan Bouroullec,
structure modulaire (courtoisie Mumac)
clic=zoom
 

Robert Cahen à Hong-Kong :

> la galerie internationale Osage de Pékin, Shanghai, Singapour et Hong Kong, ouvre en fin 2013 un nouvel espace à Hong Kong, inauguré par le vidéaste français Robert Cahen

 

voir "Red memory" de Robert Cahen et John Borst, une ’évasion mentale à Hong-Kong

 
la French May à Hong-Kong :

   

> le French May Program devient un succès ; organisé par le Consulat Général de Hong Kong et Macao, il montre toute une série d’artistes dont des plasticiens : Xavier Veilhan chez Perrotin, Vincent Leroy chez NEC, Charles Jaulerry à FEAST Projects, Stéphane Couturier à l’Espace Louis Vuitton, Dominique Laugé à Picture This Gallery, René Burri à l’University Museum and Art Gallery... ; Pascal Maljette est à la Galerie du Monde à Macao, à Guangzhou et Hong-Kong

Romain Jacquet-Lagreze, Vertical Landscapes, 2008

 

 

 

 

2014 : début de l’embellie

 
l’optimisme souffle sur la visibilité mondiale des artistes français : naissance d’une vague de fond française, plutôt une vaguelette, sachant qu’il y a toujours et encore autant de Suisses que de Français dans le top mondial de 2015... mais bonne visibilité de nos éléphants Soulages, Morellet, Boltanski, Buren, Calle ; de plus jeunes pointent comme le collectif Claire Fontaine ainsi que :

> Anri Sala surgit dans le Top 100 avant même les éléphants, boosté par le Centre Pompidou en 2012, sa représentation française à la Biennale de Venise 2013 et sa galerie Chantal Crousel très active

> Camille Henrot vient au 63è rang d’Artindex-France 2014 ayant gravi 109 positions en 1 an ! son installation au Palais de Tokyo en 2012 l’a boostée (elle y aura en 2017 une rétrospective) ; son film Grosse Fatigue (conçu en résidence à Washington) lui offre le Lion d’argent à la Biennale de Venise 2013 ; citée par la presse internationale, bien soutenue par sa galerie Kamel Mennour : reportage et extrait

 

Camille Henrot, Grosse fatigue, video13min
(courtoisie l’artiste, Silex Films, Gal. Mennour)
clic = zoom

 

2016-2017...

 
il y a encore à faire : le rapport économique d’Artprice fin 2015 est pessimiste : il montre que la France sombre sur le marché mondial ; les USA, la Chine, l’UK tiennent à elles seules 91% du marché tandis que la France ne pèse plus que 2% ; avec cette évidence : tant que la France sera économiquement faible, les artistes français le seront aussi sur le marché international, quel que soit leurs mérites...

 

 



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