que signifie l’art conceptuel ?

 

l’art conceptuel est-il bidon ?

comment présenter un art qui montre moins qu’il n’évoque ?
L’art conceptuel est une démarche intellectuelle, pas un mouvement ; ses frontières stylistiques, géographiques et temporelles sont floues ; il n’est pas toujours intelligible : si une oeuvre n’est pas compréhensible, facile de dire qu’elle est conceptuelle…

Replacer l’art conceptuel dans l’histoire est plus explicite, c’est le contexte historique qui éclaire sa naissance, aussi cette page s’appuie-t-elle sur trois expositions qui ont présenté ses débuts*

* : la rétrospective de General Idea au MAMVP en 2011 et celles au Centre culturel canadien début 2014 sur la critique de l’institution, été 2014 sur les nouvelles formes de communication

 

 

 

 

 

 

 

Michelangelo Pistoletto, Respect, 2016
(courtoisie Galerie VNH)
 

l’art conceptuel illustré par une expo :

> l’artiste Michelangelo Pistoletto est une célébrité co-fondatrice de l’Arte Povera ; son usage des miroirs vous est sans doute connu : il permet qu’une silhouette collée sur une glace se confonde avec vous, visiteur qui regardez, vous faisant "entrer" dans l’oeuvre ; il s’agit d’art conceptuel plus que d’art pauvre, mais qu’importe c’est intéressant
> mais la répétition de ce principe a des limites (bien que Pistoletto fasse aussi d’autres choses) que cette exposition montre (sans que ce soit son propos...) : ici, l’artiste-star a posé des dizaines de miroirs autour d’une salle de réception et les a cassés à grand coups de massue... vous n’êtes plus dans l’arte povera ni le conceptuel, mais dans l’événement mondain
> préférez les autres salles où des glaces, non pas cassées mais soigneusement découpées, font des jeux de lumières et de couleurs subtils et harmonieux
> à voir jusqu’au 23 décembre 2016 à la Galerie VNH

Michelangelo Pistoletto Respect

 

 
> accueil d’Almanart
> sommaire thèmes

focus : art conceptuel, Joseph Kosuth, Marcel Duchamp, Nova Scotia College of Art and Design, General Idea

 

l’art conceptuel, né de la révolution

le contexte socio-politique de la naissance de l’art conceptuel n’est pas neutre : l’explosive période de 1965 à 75 est celle de la prospérité par la consommation de masse américaine et les Trente glorieuses européennes, de la libération de la femme, de la sexualité, de l’information ; celle aussi du design d’avant-garde et des groupes de rock ; mais aussi de la contestation politique, notamment de la Guerre du Vietnam, de l’apparition du gauchisme maoïste et de ses utopies ; l’activisme étudiant pacifiste (Peace & Love) accompagne ces luttes pour les droits civiques.
Bref un chaudron, amplifié par l’avénement des technologies de duplication et de communication (mass-medias magazine, radio, télévision) !

 

les 3 faces de l’esprit conceptuel

Andy Warhol ouvre la Factory à New York en 1964, un atelier ou débute l’art de la multiplication et diffusion d’oeuvres en masse . Exemple typique d’une époque où toute la culture est bousculée par un nombre extraordinaire de mouvements d’art plastique qui émergent : voir à partir d’ici (et dérouler la liste) et aussi là (puis la décennie suivante). On en vint naturellement à contester la représentation physique, l’objet, en tant qu’art, d’où la première idée fondatrice de l’art conceptuel : une oeuvre n’a pas besoin d’être effectivement produite pour exister !

  Joseph Kosuth One and Three Chairs
 

> ce travail visible au Centre Pompidou montre une seconde face de l’esprit conceptuel, celle de sa définition sémantique : "qu’est-ce que l’art ?"
L’américain Joseph Kosuth, un théoricien de l’art conceptuel qui se réfère à Marcel Duchamp, tente de répondre à la fameuse question avec One and Three Chairs qui revisite le Readymade : un objet banal présenté avec sa reproduction photographique et sa définition dans le dictionnaire ; y a-t-il répondu...?

Joseph Kosuth, One and Three Chairs, 1965
(courtoisie Centre Pompidou)

 

Troisième face : l’art en tant qu’idée a surtout été développé par des collectifs d’artistes, une démarche productive qui s’oppose à l’art traditionnel centré sur l’individu et son habileté technique

 

le creuset canadien

50 ans après les définitions initiales de Marcel Duchamp, en Amérique naît un "nouvel" art conceptuel, plus précisément au Canada ; l’exposition Get Hold of This Space au Centre Culturel Canadien en 2014 montre 50 artistes et collectifs de la période 1960-1980 :

> le creuset de l’art conceptuel se situe dès 1968 à Halifax, au Nova Scotia College of Art and Design, plaque tournante internationale impliquant aussi des artistes étrangers tels que Daniel Buren, Lawrence Weiner, Jan Dibbets, John Baldessari et David Askevold

> ainsi qu’à Toronto où Marshall McLuhan a défini le concept de Village Global (The Medium is the Message, 1967) sur la base -déjà !- de la mondialisation et de la communication

Dans les 70’s le principe de grande diffusion amène la création de revues de contre-culture telles que Médiart, Avalanche, Parachute et surtout File Magazine qui est une parodie de Life Magazine destinée à promouvoir la scène artistique canadienne

File Magazine (ici, décembre 1973) : une parodie de Life,
par le collectif General Idea (courtoisie CCCanada)
  File Magazine

Typique de cette contre-culture, la plus forte influence vient des collectifs d’artistes associatifs ou collaboratifs, notamment General Idea, N.E. Thing Co. et Image Bank ; ils se manifestent dans des centres d’exposition autogérés, sur la place publique et même dans le monde des affaires.

> cette installation de Jean-Marie Delavalle a de quoi surprendre : il enregistre une demi-heure de balade en vélo (d’où la photo sur la pochette), et les sons de l’environnement qu’il traverse -c’est-à-dire la plupart du temps, rien- et vous invite à les "écouter"

Sans être placée dans son époque révolutionnaire, cette installation passe pour une fumisterie : d’où la nécessité de bien situer l’art conceptuel dans son contexte temporel et environnemental, même pour les oeuvres conceptuelles actuelles

Jean-Marie Delavalle, Une demi-heure, 1973, vinyle 33T, pochette,
60min de son, 100ex (courtoisie CC du Canada)
 

Jean-Marie Delavalle

 

Propre au Canada : des artistes ont traité de sa grande dimension géographique et (sans doute) de son éloignement de la scène artistique mondiale influencée, à l’époque, par la Californie et New York City (par des genres loin d’être conceptuels), comme le montre cette carte de l’amérique de Greg Curnoe.
Dans ce cadre, ils ont induit un courant original : l’art documentaire, si l’on peut encore parler d’art comme le montrent certaines "oeuvres" :

Allan Harding MacKay

Allan Harding MacKay, 36 Halifax corner grocery stores, 1972, livre broché
(courtoisie CCCanada )

<< cette collecte systématique de photos de magasins de quartier par Allan Harding MacKay, est peut-être influencée par celles de Bernd et Hila Becher, qui ont commencé ce genre dans les années 50

>> le voyage peut être imaginaire : les cartes postales que John Geer s’envoyait lui servaient à fixer les lieux sur une carte et lui a délimité le dessin d’un avion en papier

 

John Geer

John Geer, 6 points of a shadow, 1970, map, dessin, cartes postales
(courtoisie courtoisie CCCanada)

Surtout n’imaginez pas que l’art conceptuel à cette époque n’émane que de marginaux ayant disparu du radar, citons par exemple : Jeff Wall, Daniel Buren, Dennis Oppenheim, John Baldessari, Jan Dibbets, David Askevold...

 

pas en France ?

le Mai 68 français influence l’art conceptuel canadien plus qu’il ne le fait en France même, où les mouvements artistiques empruntent d’autres chemins comme la Figuration Narrative pour la peinture, et la performance pour les arts vivants ; ici, la société de consommation et de communication n’est pas assez développée pour être invasive ; et puis la plupart des mouvements plastiques révolutionnaires sont nés bien avant, entre les deux guerres (voir à partir d’ici et dérouler la liste) : Marcel Duchamp a déjà posé un principe conceptuel avec ses Ready made en 1917 (bien que ce soient des objets bien concrets)

 

le Mail Art

l’Art Postal ou Mail Art utilise le courrier comme médium artistique, précurseur dans les 60’s de l’art sur internet ; il est bien dans l’esprit de l’art conceptuel :
 - la démarche participative prime : l’artiste comme individu reste au second rang, l’oeuvre est issue d’une collectivité
 - il est proche du processus d’écriture automatique des dada-surréalistes où l’artiste (ou le poète) fait un petit dessin à la suite d’une partie cachée déjà réalisée, etc.

 

 

 

 

le grand General Idea

le collectif General Idea est fondé en 1969 à Toronto par AA Bronson, Felix Partz et Jorge Zontal, un trio adepte de l’autodérision et de la parodie, qui se dote de ce nom générique pour se "libérer de la tyrannie du génie individuel" ; leurs thèmes sont le glamour, les médias, la culture de masse, la sexualité (comme symbole d’une organisation sociale à subvertir) ; ils produisent des oeuvres conceptuelles et éphémères, installations, performances, Mail Art, films et la revue File

  General Idea
 

> General Idea invente aussi la fictive Miss General Idea Pageant, bien avant Ann Lee de Pareno et Huyghe : en 1975 la Miss se présente même à un très médiatisé mais totalement imaginaire concours de beauté, caricature des conventions de l’art glamour ; le trio veut par cet événement fictif devenir un parasite plagiaire...
... et en même temps atteindre la célébrité !

 

 

General Idea, show card Miss General Idea Pageant, 1975,
offset-encre (courtoisie GI Estate & CCCanada)

General Idea s’intéresse au fléau du sida qui lui sert de modèle de virus infiltrant le réel ; il détourne ainsi quelques oeuvres célèbres pour montrer que rien n’est à l’abri de cette infection :

  General Idea Aids
 

> un geste frappant par cette oeuvre célèbre de Robert Indiana
> ou cette parodie d’un tableau de Mondrian dont l’infection est plus discrète ; si vous ne la trouvez pas la réponse est ici !

General Idea, Aids, 1987, acrylique, 183x183
(courtoisie GI Estate )
General Idea, Infected Mondrian 6, 1994
(courtoisie collection Noero Turin )
  General Idea Infected Mondrian

Sur le thème de la sexualité, General Idea ne s’intéresse pas seulement à l’homosexualité (grand débat de l’époque) mais explore la forme du triangle comme modèle anti-patriarcal. Il forme lui-même un trio artistique indélébile, qui ne s’arrête qu’en 1994 au décès de deux d’entre eux.

 

 

 

 

plus d’infos :

> l’exposition Haute Culture : General Idea au MAMVP en 2011

> l’exposition Get Hold of This Space, l’art conceptuel au Canada, par Eric Simon

> art minimal ou conceptuel ?

 



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