le livre d’artiste, un objet d’art

 

 

Ne le confondez pas avec un livre d’art ! Le livre d’artiste est un média d’art : au même titre que l’estampe, c’est une pièce de collection.

 

 

Une belle interprétation de l’ouvrage mythique de Rabelais : Les Dessous de Theleme, par Coco Texèdre, pièce unique, encre de Chine, papier marouflé sur toile, cuir, métal, 22x17cm, dans coffret peint, 2009 (courtoisie Coco Texèdre) ... clic=zoom 

Rabelais Les Dessous de Theleme par Coco Texèdre

 

 

table des matières :

 

  Il y a un paradoxe : la plupart des amateurs d’art contemporain ignorent les livres d’artiste, mais beaucoup de d’amateurs de ces livres sont intéressés par l’art plastique... il est temps de rapprocher les amoureux de l’un et de l’autre !

 

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qu’est-ce qu’un livre d’artiste ?

Dans toute l’histoire de l’art et de la littérature, des auteurs, poètes, plasticiens et illustrateurs ont conjugué leurs talents pour créer ensemble des livres d’artistes, où textes et images se renforcent ; ces "objets d’art allient la force ou l’humour des mots, la sensualité du papier et la beauté d’une composition plastique" explique Jean-Jacques Sergent, éditeur.

Par la synergie des talents d’un poète et d’un plasticien oeuvrant ensemble, avec l’expérience typographique d’un éditeur, parfois l’imagination d’un relieur, le livre d’artiste peut devenir un chef d’oeuvre et, lorsque le tirage est faible, une rareté. Un exemple célèbre est la "Prose du transsibérien et de la petite Jehanne" de Blaise Cendrars illustré par Robert Delaunay (extrait >>), créé en 1913 sous forme d’un bandeau vertical dépliable de 2 mètres, formé à droite d’un poème et à gauche d’une aquarelle

 

Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de Blaise Cendrars Robert Delaunay

(courtoisie C.Pompidou)
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Juridiquement le livre d’artiste est la conjonction des travaux sur papier d’un poète ou écrivain et d’un plasticien : c’est une oeuvre de type collaboration (voire composite) et aussi de type multiple.

 

Pratiquement son tirage n’excède pas les 100 exemplaires, parfois même est restreint à quelques unités ; on observe très peu d’abus de forts tirages, contrairement à certains types d’estampes (lithos, sérigraphies) ou photos.

 

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quelle différence entre un incunable enluminé et un livre d’artiste ?
> un incunable ("incunabula", berceau) est un livre réalisé avant l’imprimerie de Gutenberg, vers 1455 plus le temps qu’il se généralise, soit 1501, date arbitraire ; cette définition décrit surtout un type d’ouvrage ancien, prestigieux ou religieux, enjolivé par des décors minutieusement peints à la main appelés enluminures, par des artistes illustrateurs
> les enluminures disparaissent avec l’imprimerie à grand tirage, capable d’inclure des illustrations
> l’appellation livre d’artiste, plus récente -début du 20è-, concerne un livre réalisé un à un par l’estampe, où l’artiste réalise tout le volume (d’ailleurs dans ce domaine, beaucoup d’artistes sont enregistrés comme "éditeurs")
> une belle exposition au Musée des Lettres & Manuscrits a montré cette continuité à travers les siècles
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le livre d’artiste est un objet d’art

Qui pourrait mieux vous en convaincre que Aurelio Diaz, Editeur Le Grand Os : "ce livre n’est pas une mise en page de textes et d’images mais une mise en scène à la manière d’une oeuvre scénique et chorale, où le texte est incarné par le corps, la voix, la présence des comédiens et projeté dans l’espace d’un décor et dans le temps de la représentation ; dans ce livre objet d’art, le texte est théâtralisé, voire chorégraphié, c’est-à-dire incarné et projeté dans un espace matériel où le textuel et le visuel se mêlent, se répondent, se chahutent"...

Leon et Aurelio Diaz Ronda

Cinq fois rien, Leon et Aurelio Diaz Ronda
clic=zoom ... (courtoisie Ed.Le Grand Os)
 

... il ajoute : "un livre courant se lit, une œuvre picturale se regarde, un livre d’artiste se lit et se regarde : l’image des lettres, et du livre lui-même, n’y est pas sommée de disparaître comme en lecture courante où le dessin des signes et la matérialité du support sont recouverts par le sens et les images mentales qu’il produit ; le signe visuel, typo- ou calligraphique et mise en page, y est affirmé comme signe plastique et comme présence".
<< "Cinq fois rien", 2008, est un bel exemple d’équilibre entre textes, images, mise en page

C’est aussi un objet d’art qui s’apparente à une sculpture dans la mesure où, comme un beau livre, on aime le feuilleter, le toucher, le caresser guidé par la magie sensuelle du papier.

 

Salon Page(s)

 

Visiteur, amateur !
prenez la bonne manière : portez des gants blancs de coton pour manipuler un livre d’artiste en démonstration, d’ailleurs une paire est toujours à votre disposition à proximité de la table de présentation
à l’entrée du Salon Page(s) 2008

 

pourquoi faire un livre d’artiste ?

Par la passion d’un beau texte, le désir de l’illustrer, ou bien par le rapprochement occasionnel de deux sensibilités : un artiste et un auteur qui décident de créer un ouvrage ensemble. Ou simplement l’initiative d’un éditeur spécialisé ; celui-ci joue un rôle primordial par son savoir-faire et sa sensibilité proche du métier d’éditeur d’estampes.

Jazz de Henri Matisse

(courtoisie Succ.Matisse-Ed.Anthèse)

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Un artiste amoureux de littérature ou un lettré amoureux d’art peut se faire éditeur pour aller au bout de ses passions (ou pour des raisons pratiques car l’éditeur n’a pas le même statut que l’artiste) ; ou l’inverse : un littéraire qui encourage la production d’ouvrages artistiques, un éditeur qui réédite un livre d’artiste original épuisé pour le faire revivre ; exemple :
<< ce Jazz de Henri Matisse a été réédité par Idem-Mourlot dans le strict respect des couleurs nécessitant une profonde recherche et l’utilisation des outils de l’époque

Voyez qu’il s’agit d’abord d’histoires d’amour !

Thérèse Boucraut Jean Jacques Sergent

Le vent-paysage, texte de Christian Noorbergen,
aquatintes de Thérèse Boucraut, typographie par Jean Jacques Sergent, 2005
(courtoisie Ed.Thérèse Boucraut)
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Faire un livre d’artiste tient souvent à "une rencontre où à un lieu ; un texte, événement, image, est l’élément déclencheur" précise Thérèse Boucraut, "une motivation suffisamment puissante pour que puisse aboutir la fabrication du livre car c’est dans la matière et la durée qu’il s’élabore ; papier, image, impression, emboîtage font appel aux artisans… cela exige une relation entre différents métiers et donne à cette entreprise sa pleine dimension humaine".
<< sous sa forme classique, ce "Vente-paysage" montre l’accord parfait entre tous les intervenants.

 

les genres

> l’approche bibliophile :

c’est l’aspect littéraire, poétique, qui prime sur l’aspect plastique, comme l’exprime Jean-Jacques Sergent : "découvrir un texte insolite, avoir un coup de cœur pour une écriture, lui faire rencontrer un artiste qui fera chanter les mots, excité par l’odeur du beau papier…".

Cet ouvrage "Je meurs mais j’ai les boules" joue le paradoxe d’un langage moderne et d’une problématique intemporelle >>

Je meurs mais j’ai les boules, 2007

(courtoisie Sergent Onciale)
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Sergent Onciale

 

> l’approche plastique :

l’aspect plastique se révèle immédiatement mais sans prédominer sur la poésie, car il s’agit bien d’un livre (non d’une feuille) qui place le plasticien sur le terrain même de la littérature ; preuve en est : un ouvrage magnifiquement illustré mais affublé d’une mise en page approximative ou d’une typographie banale sera boudé par les amateurs.

A tous égards ce "Jardin vertical" présente toutes les qualités >>

Jardin vertical, texte de Tita Reut, aquatinte de Anne Slacik, 2008
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(courtoisie A.Slacik)
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Tita Reut Anne Slacik

> le livre d’art rare :

parfois des livres d’art soignés comme des livres d’artistes, sont édités de manière limitée pour créer un effet "collector", phénomène de mode ; typiquement il est tiré à 3000 exemplaires numérotés avec un tirage de tête (voir ci-après, les définitions) de 100 sur papier supérieur, signé de l’auteur et/ou de l’illustrateur ; mais les connaisseurs ne considèrent pas qu’il s’agisse d’un livre d’artiste ; leurs éditeurs sont par exemple Taschen ou Lamartinière Beaux-Livres (voir notre interview).

L’exemplaire (ci-contre >>) est un peu par provocation : issu de la Factory (l’atelier-usine d’Andy Warhol), il est devenu cher ; son intérêt est d’intégrer des éléments pop-up (découpes qui jaillissent quand on ouvre les pages) comme dans les livres d’enfants.

Andy Warhol, livre pop-up, 1967
(courtoisie GMA)
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Andy Warhol livre pop-up

 

Il devient fréquent d’associer des artistes à des événements particuliers d’entreprises : dans le domaine du livre citons en 2009 le centenaire du Guide Michelin qui a permis à 100 artistes de s’exprimer autour de l’image du célèbre guide rouge, grâce à un parrainage (images : courtoisie Michelin)  :

  Robert Cros   Arnaud d Aunay   Thomas Lerooy   Tristan Maillet
 
Robert Cros, Sculpteur,
Qu’est ce que c’est que ça,
s’il vous plait (C de Bergerac)
 
Arnaud d’Aunay, Peintre,
Divine table
aux portes des étoiles
 
Thomas Lerooy,
Sculpteur et dessinateur,
ST
 
Tristan Maillet,
ENSAD,La constellation culinaire...

 

> l’art du livre :

inversément, de nombreux plasticiens s’intéressent au livre et traitent de son mythe : recueil du savoir, mémoire de la société, récipient de nos rêves... citons les livres de plomb de Kiefer, les bibliothèques incendiées de Parmiggiani, les tablettes de Parent...

 

Jean-Luc Parent
texte d’entretien annoté, plaquette de bibliothèque, insertion en résine
(courtoisie J-LParent)
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Jean-Luc Parent

Herbarius 2059 Miguel Chevalier Jean-Pierre Balpe

Herbarius, 2009
vue générale
(courtoisie M.Chevalier)
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> le livre virtuel :

 

en 2009 fut présentée au Salon du Livre puis au Musée de la Chasse et de la Nature, une oeuvre inédite extraordinaire : Herbarius 2059, un livre en réalité virtuelle réalisé par Miguel Chevalier (images) et Jean-Pierre Balpe (textes) : cet ouvrage dont vous pouvez tourner les pages blanches, présente en projection des textes et images générés en temps réel.
12 plantes sont ainsi décrites, leur génération informatique étant renouvelée à chaque page tournée.

Pychsellis-Vipérine

un extrait : la Pychsellis-Vipérine

Cette oeuvre s’inspire du l’herbier Herbarius du 4è siècle, elle fait naître, vivre et mourir 12 plantes médicinales hybrides entre la réalité et l’imaginaire, décrites par des textes générés sur la base de descriptions scientifiques : les images comme les textes oscillent entre réalité scientifique et délire poétique,

de telle manière que vous ne savez plus dans quelle réalité vous êtes placé ; une merveille !

 

 

plus d’info sur Herbarius et Miguel Chevalier

 

noblesse de la matière et des métiers

La belle matière intervient dans toutes les parties de la création d’un livre d’artiste :

> le papier dont la qualité est primordiale dès la conception de l’oeuvre et aussi pour sa bonne conservation. Avez-vous remarqué qu’avoir un livre d’artiste en main, c’est comme avec une sculpture : vous avez envie de le caresser !

Voir aussi : le dessin contemporain

 

Jacques Sergent éditeur

plombs typo à l’ancienne ; l’image du texte est inversée
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> la typographie est un important témoin de la qualité de réalisation. Jean-Jacques Sergent, éditeur et typographe par passion, utilise un matériel ancestral où, citant Gérard de Nerval : "la patiente alchimie du plomb ordonne un monde où la beauté de la forme et la précise incision des caractères cristallisent la parole" ; à l’origine de son oeuvre se tient, dit-il, "un coup de cœur pour une écriture, une pensée, un récit".

Tout est dit : la police informatique est quasiment bannie, ainsi que le papier ordinaire ou la reliure industrielle ; l’emprunte de la main de l’artisan doit se voir !

 

Rachel Dozolme

feuilles brunies au café, reliure type plat rapporté en cuir mosaïqué et rubans de couture passant dans les couvertures
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> la reliure joue aussi un rôle important pour achever l’oeuvre et la présenter de la plus belle manière :

<< plein-cuir, travail de Rachel Dozolme : feuilles brunies au café, reliure type plat rapporté en cuir mosaïqué et rubans de couture passant dans les couvertures
Son site explique son travail

 

 

un jargon délicieux....

tient place de description technique ; voici comment les Editions FMA présentent le précieux petit ouvrage Le Ring, textes de Tita Reut et peintures de Bernard Alligand, dans la collection Les carrés érotiques :

"édition originale tirée à 45 exemplaires, complétés de 6 exemplaires de chapelle manuscrits et peints ; tous sont signés au colophon par l’auteur et l’artiste ; livres composés à la main en Grandjean romain corps 12 sur Vélin d’Arches 300 gr. et achevé d’imprimer sur les presses de l’Atelier du livre d’art de l’Imprimerie Nationale à Paris en juin 2008 ; format fini 190x190mm, quatre cahiers de trois pages pliées en accordéon, sous couverture avec rabats avec déchirure manuelle en tête et en pied ; le livre est protégé par un fourreau de même papier". Cette seule lecture donne envie !

expliquons :
> exemplaire de chapelle : par un ancien privilège, exemplaires que les typographes prélevaient pour alimenter la caisse de chapelle ; actuellement ils conservent pour eux ces exemplaires (équivalent au HC : hors commerce)
> tirage de tête : non, ce n’est pas celle que fait l’amateur déçu, mais : soit des exemplaires de livres parus avant la 1ère édition (un peu comme les EA, les Epreuves d’Artistes), soit par exemple une édition comportant une estampe originale (plutôt qu’une impression banale de l’estampe) ; il y a plusieurs variantes à la définition...
> colophon ou logotype : marque de l’éditeur, signature de l’auteur sur la 1ère ou dernière page d’un livre
> Grandjean romain corps 12 : il ne sagit pas d’un légionnaire géant, mais d’une police (d’excellent) caractère !
> Vélin d’Arches : peau de veau appréciée des calligraphes pour sa blancheur et sa finesse ; Arches en a créé un papier
> Atelier du livre d’art et de l’estampe de l’Imprimerie Nationale : fondé en 1640, il opère toujours !

 

des prix abordables

Le livre d’artiste est proche de l’estampe, sa cousine, soit entre 100 et 2000€. Bien sûr des exceptions existent : des livrets de toute petite taille à partir de 20€ ou des raretés atteignant aux enchères plus de 10’000€.
Toutefois le livre d’artiste peut aussi devenir un placement intéressant : par exemple de record : xxxxx (attente de vérif)

Dans le prix interviennent par ordre décroissant d’importance : la qualité de l’oeuvre, la renommée des auteurs et des artistes, le tirage, la qualité de la réalisation (typographie, reliure, papier…)

 

 

où donc trouver des livres d’artistes ?

C’est un peu difficile de savoir où voir et acheter, ces lieux étant bien moins nombreux que les librairies habituelles et peu connus du néophyte.

Pourquoi une telle situation ? Les acteurs sont petits, dispersés et le processus de vente est spécifique ; le livre d’artiste tient de l’artisanat où, souvent, l’éditeur est aussi le vendeur, et aussi l’artiste ! Cette distribution dispersée limite la présentation des livres d’artiste à ses salons spécialisés, à quelques librairies également ouvertes à l’art et à quelques rares galeries d’art.

C’est le contraire du livre d’art qui emprunte le parcours industriel et commercial de tous les livres : composition d’un prototype par l’éditeur, impression de masse, réseau de distribution, points de vente, retour des invendus et pilon.

 

Quelques salons :

> Biennale Biblioparnasse
> Salon Page(s)
> Salon du Livre
> ArtistBook International
> Marché de la Poésie
> Livres en Mai

 

Avec l’aimable
collaboration de :
> Editions Le Grand Os, 7 r Charles Baudelaire, 31200 Toulouse, 05’61’63’64’04
> Editions Thérèse Boucraut, 66 r Corvisart, 75013 Paris, 01’45’35’96’49
> Anne Slacik, artiste peintre et lithographe
> Editions Onciale-Sergent-Fulbert

 

 



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