histoire du design : la Belle Epoque 1850-1914

 

 

> accueil d’Almanart

> sommaire histoire du design

> réagissez à cet article

 

1° partie : la Belle Epoque (1880-1914)
 
pose la beauté moderne

étude menée par Claude Maisonneuve / toutes images : clic = zoom

 

Le monde occidental s’enrichit fabuleusement en cette période, appelée Belle-Epoque, située entre deux catastrophes : la guerre de 1870 prolongée par la dépression jusque vers 1880 et la guerre de 1914. La société vit un boom économique poussé par l’évolution industrielle et l’expansion coloniale, aidé par la facilité de circulation des hommes.
Ainsi la peinture vécu de grands changements comme le symbolisme, l’impressionnisme, le futurisme, etc, et vit apparaître un concurrent : la photographie. Bien sûr en cette Belle Epoque, le design et les arts décoratifs virent la même explosion créative, par un artisanat de haut niveau.

 

prémisses en Angleterre

l’exposition universelle de Londres en 1851 consacre la formidable puissance de la révolution industrielle. Mais deux artistes -John Ruskin, écrivain, peintre et réformateur social et William Morris, peintre et homme politique social- sont consternés : en cette démonstration du progrès par la maîtrise technique, la qualité artistique du mobilier exposé fait piètre figure… la machine aurait-elle perverti le goût artistique des hommes ?

Ils réagissent, se fixent pour but de réhabiliter l’artisanat, seul capable à leurs yeux de produire beau et bien.
L’histoire du design débute dès le début de la Belle Epoque avec la création vers 1870 de Arts and Crafts, mouvement qui prône une nouvelle unité entre l’art et la vie. Nombre d’artistes (peintres, sculpteurs, architectes) et d’artisans les rejoignent ; certains comme Peter Behrens et Christopher Dresser sont considérés comme les premiers designers industriels européens : ils mettent leurs créations, parfaitement bien conçues, à la disposition de l’industrie

Arts and Crafts (litt : Arts et Métiers) est devenue une expression courante qui désigne l’artisanat et les métiers d’art, dans les deux langues française et anglaise
  William Morris  
papier peint
de William Morris
v.1896

Dès lors, l’industrie, empruntant les chemins de l’artisanat, améliore l’esthétique et la qualité de la production en série. Le terme design qui signifiait alors "plans d’ouvrages d’art", s’élargit sous la pression de Arts and Crafts, alors qu’aux USA il se définit comme une "conception décorative étendue aux objets utilitaires".

 

tsunami créatif en Occident

les anglais font des émules sur le continent : sur les traces de Charles Robert Ashbee, ou Charles Rennie Mackintosh, les Ateliers Réunis Munichois ouvrent en 1897 et prônent déjà l’unité de la création artistique et la réalisation de qualité à des prix accessibles. Vienne joue aussi un rôle central dans l’avènement du modernisme, où Josef Hoffman crée les Ateliers Viennois en 1903. Partout en Europe la révolution industrielle fascine ou inquiète mais ne laisse aucun créateur indifférent aux nouvelles possibilités du travail du fer, du verre ou du bois ; d’où une prolifération de mouvements et d’écoles destinés à s’affranchir des modèles du passé : Modern Style en Grande Bretagne, Art Nouveau en Belgique et en France, Jugenstill en Allemagne, Nieuwe Kunst en Hollande, Liberty en Italie, Modernismo en Espagne, Sezession en Autriche et Tiffany aux Etats-Unis.

  Joseph Hoffmann  
Joseph Hoffmann
édité par Thonet
Vienne, 1909

Les USA, détachés de références culturelles passéistes, donnent au contraire à la production industrielle les moyens radicaux de la grande série ; même Louis Comfort Tiffany s’y prête. La recherche y est plus avancée en architecture avec la fondation de la Prairie School par Frank Lloyd Wright, qui dessine des Maisons des Prairies longues et linéaires, très dépouillées, bien proches de l’Art Déco qui viendra bien plus tard en Europe !

Pureté des lignes, sobriété des formes élémentaires par rapport à la fonction de l’objet, ou au contraire formes complexes du "style nouille" : tous ces mouvements européens tentent de réconcilier l’homme avec son univers, son monde végétal, en essayant d’ignorer le travail mécanisé de l’industrie, tandis que celle-ci trace sa voie sur les progrès de la technologie.

Le Modernismo catalan est une version de l’Art nouveau, également avec des représentations animales et végétales, qui concernent l’architecture et les arts décoratifs ; il débute vers 1880 et rayonnera longtemps en Espagne.

> son architecte le plus connu est Gaudi (Antoni Gaudi i Cornet ) ; né près de Barcelone il y entreprend dès 1878 une oeuvre totalement originale, inspirée d’une nature exubérante ; par une vision esthétique hors du commun, il intègre aux technologies de construction un travail étroit avec les artisans : fer forgé, vitrail, mosaïque, céramique, mobilier.

Novateur en tout, Gaudi décore ses immeubles de couleurs vives, édifie entre 1900 et 1914 le parc Guell (un jardin magique de sculptures et céramiques), la Casa Batllo (une réalisation "d’art total" dans sa conception, mobilier et décoration), et la célèbre Sagrada Familia  : un temple gigantesque encore en cours de construction pour des dizaines d’années, car des disciples s’y relaient depuis son décès pour faire progresser ce chef d’oeuvre emblématique.

  Antoni Gaudi Guell park
Antoni Gaudi : Parc Guell, Barcelona, 1914
CommonLic Amadalvarez

 

vague de fond en Allemagne

le Grand Duc de Hesse fonde en 1899 une colonie d’artistes à Darmstadt qui devient une force de proposition, avec Joseph Maria Olbrich et Peter Behrens.

  Henry Van de Velde
            porcelaine
Henry Van de Velde,
porcelaine de Munich, v.1904
 

Un autre centre de renouveau artistique se crée à Weimar en 1906 : l’Ecole des Arts décoratifs de Saxe, sous l’impulsion de Henry Van de Velde ; ce jeune peintre d’origine belge s’inspire davantage du style floral de son compatriote Victor Horta  ; ses créations Art Nouveau vont influencer le Jügendstil allemand. Il ouvre en 1902 à Weimar un cours d’arts décoratifs qui deviendra "arts appliqués" (ce n’est pas encore le Bauhaus).

Ce mouvement du renouveau culturel prône la culture des formes pour offrir au plus grand nombre de beaux objets utiles, de qualité et à bas prix ; mais il ne remplit pas ses objectifs : les créations sont de petites séries coûteuses, certes fabriquées en usine mais encore tournées vers le luxe et l’exclusif. Il faut réaliser la synthèse entre projet artistique et réalisation de qualité selon les principes industriels… à un coût acceptable ; alors les partisans se scindent en deux : Henry Van de Velde défend l’individualité artistique et Hermann Muthesius (architecte allemand) prône la standardisation des produits.

Muthesius publie en 1905 un plaidoyer pour "laisser l’esprit humain créer des formes que la machine soit capable de fabriquer", ajoutant : "de telles formes auront droit au qualificatif d’artistiques". Puis il crée en 1907 la société Le lien pour l’Oeuvre, qui unit les artistes et les manufactures pour ennoblir par association, le travail, la technique et le goût, au moyen de l’éducation et de la propagande". Le principe de l’art décoratif est posé et s’appuie sur l’éducation artistique des populations.

  Peter Behrens
Peter Behrens,
lampe suspendue, 1912
 

La célèbre exposition de Dresdes en 1906, sera réservée aux seules productions ayant pour but "d’élaborer une forme d’architecture, d’arts appliqués et de produits industriels au service d’une qualité de vie sociale et esthétique". Ce concept conduit à la fondation du Deutscher Werkbund en 1907 à Munich par Hermann Muthesius, après un long séjour en Angleterre ; mission : promouvoir la production industrielle de l’Allemagne.

Son représentant le plus marquant est Peter Berhens ; sa collaboration avec la firme AEG (électromécanique) en 1910 représente le plus bel exemple de "design global" : ce créateur inspiré et prolifique intervient dans la conception des produits comme sur leur image : logos, publicités, papier à lettres, emballages et même modes d’emploi, voire la construction des usines puisqu’il est architecte.

Alors l’exposition de Cologne en 1914 fait éclater la polémique : si le théâtre est construit par Van de Velde, une usine est construite par Gropius avec Adolf Meyer  ; le grand sujet de la standardisation oppose violemment les deux camps ! Cette période est traversée par de farouches "critiques destructives" qui occultent sa grande richesse, puisqu’elle aura vu naître le Surréalisme, l’Abstraction, et le Modernisme !
La Grande Guerre vient interrompre cette querelle de dogmatistes, mais leurs idées ont posé le fondement théorique et pratique du design industriel

 

la sécession viennoise

au début du XXe siècle Vienne, capitale austro-hongroise, fourmille d’activités culturelles, musicales, plastiques ; Freud publie l’Interprétation des rêves, le boulevard le Ring se construit, mais l’académisme règne.

 

Musée de la Secession Vienne Wien Secession Museum

 

le Musée de la Secession à Vienne
 

Pour s’en libérer, Gustav Klimt et les architectes Josef Maria Olbrich et Josef Hoffmann fondent en 1897 la "Sezession" et exposent au Pavillon de la Sécession : conçu par Olbrich, décoré par Klimt (une frise en hommage à Beethoven), avec une scenographie du peintre Koloman Moser ; ils publient la revue Ver Sacrum.

Puis les peintres Oskar Kokoschka et Egon Schiele se joignent au groupe. Si le style de Schiele est très décoratif, tous sont assez violents, souvent érotiques, désabusés, rompant avec l’académisme riche et pompeux.

L’objet est aussi d’abolir la séparation entre arts majeurs et mineurs et, allant dans ce sens, Moser et Hoffmann fondent en 1903 les Ateliers viennois pour produire bijoux, meubles et décoration.

 

luxe et volupté en France et Belgique

la création artistique oscille aussi entre les deux tendances :
> le rationalisme à vocation démocratique de l’Art Nouveau (le modèle allemand), qui échoue au départ, faute d’adhésion de la population ; les apports à l’art social sont contestés avec vigueur par les passéistes de tous bords : malgré son succès public à l’Exposition Universelle de Paris de 1900, c’est l’échec commercial ; il est aussi violemment condamné à l’exposition des arts décoratifs de Turin en 1902
> alors que triomphe partout un style Art déco inspiré par la tradition, plus élitiste (modèle Viennois).

Heureusement une décennie plus tard l’Art nouveau connait une renaissance, mais avec un décor floral plus épuré et associé aux possibilités des structures métalliques ; alors des splendeurs naissent : la maison de Victor Horta à Bruxelles (1899 à 1902), le Théâtre des Champs Elysées (1913) de Henry Van de Velde aidé d’Auguste Perret pour le tout nouveau béton armé…

Tony Garnier, adepte du rationalisme, fait des projets de "cités industrielles" résultant d’une analyse des fonctions urbaines ; Hector Guimard, grand architecte, réalise ses immeubles d’un Art Nouveau stylisé et ses fameuses entrées du métro parisien.

  Hector Guimard
cache-pot de Hector Guimard,
grès, 1901

Le célèbre couturier Paul Poiret en 1907 s’inscrit à sa manière dans la réalisation d’une oeuvre d’art totale : voyant que la révolution industrielle modifie les comportements, il révolutionne le vêtement des femmes ; en épurant la ligne, il impose fluidité et simplicité des formes. Il s’entoure d’artistes pour dessiner ses modèles (Paul Iribe, Maurice Gruau, Erté, Georges Lepape), rencontre a Vienne Hoffmann avec qui il crée une école "d’objets de décoration" parrainée par des artistes connus, dont les créations sont présentées au Salon d’automne de 1912. Il invite Emilie Flöge, l’épouse de Klimt, à venir présenter ses créations ; il confie à Raoul Dufy des dessins sur textile… Et pour ses fêtes célèbres de 1911, il fait aussi appel à Van Dongen et Dunoyer de Segonzac.

Le couturier Jacques Doucet, la couturière Jeanne Lanvin et quelques riches amateurs confient la décoration de leurs appartements aux meilleurs du moment : Armand-Albert Rateau, Georges Hoentschel en 1907, Louis Süe, André Mare, Rulhmann, Mallet Stevens, Victor Prouvé, Louis Majorelle, Gallé… tous sont aussi d’ardents collectionneurs d’art.

rode dite Sorbet, de Paul Poiret, 1912
  Paul Poiret

 

aboutissement : sous la pression de l’industrie qui péfère la simplicité aux volutes, le passage de l’Art nouveau à l’Art déco se fait progressivement, dès 1910, mais se révélera dans toute sa créativité après la Grande Guerre de 14-18 et se généralisera dans les années 20 : la guerre aura précipité le mouvement vers le dépouillement de l’ornement.

 

 

  plus d’informations :

> Paris à la Belle Epoque
> l’Art Nouveau, une histoire contemporaine
> tous les créateurs de l’Art Nouveau
> costumes & couturiers de l’époque

 

 

  > sommaire histoire du design   > histoire 1917-39   > histoire les 50’s   > histoire 1960   > histoire 1970

 

 



à vos petits écrans !

  > le blog d'almanart : curiosité, humour, people, sexy...
 

 

annonces d'événements :


 

l’art au vert :

partez en week-end arty !

voir nos suggestions

 

 


 

suivez nous  :  petits écrans :

 

 

Plans et itinéraires du Grand Paris :
Où sont les quartiers d'art ?

 

 

 

Le "Petit Mot" : 10 micro-newsletter/an, gratuites

abonnez-vous, entrez ici votre ad mel :

aucune autre information n'est demandée

 

 

 

 

Mesure d'audience par :

 

 

 

 

 

Le "Petit Mot"
Abonnez-vous, ici
entrez votre mail :

10 newsletter/an, gratuit

 

 

 

 

 

 

nos partenaires :

 

 

 

nos amis en art et design :