peut-on collectionner des multiples ?

 

les multiples peuvent constituer une belle collection !

 

est-ce du sous-art, cette rare lithographie, cette belle gravure d’un artiste connu, sous prétexte qu’elle est relativement abordable ? donc impropre à une "vraie" collection ?

Erreur ! il existe de prestigieuses collections d’estampes ou de multiples de tous genres.
Collectionnez donc des multiples, mais pas n’importe quoi et encore moins n’importe comment ; mode d’emploi :

 

 

 

 

 

 

Raymond Hains, USA, 1968,
sérigraphie, 60x80, 120ex
(courtoisie Gal. Lara Vincy)
clic=zoom

 

 

les multiples illustrés par une exposition :

> une des fameuses expressions déformées par effet miroité, de Raymond Hains : USA, 1968, au sein d’une remarquable exposition de multiples allant des années 70 à maintenant, sous le signe de l’humour décalé
> une partie est consacrée à l’album de sérigraphies de Raymond Hains "La Biennale éclatée" (1976) édité par L’Elefante ; il s’agit d’un porte-folio de 7 de ces sérigraphies tirées à 120 exemplaires ; quelques-unes sont aussi disponibles séparément
> à l’origine Hains a développé pour la biennale de 1968 des panneaux de plexiglas reprenant des affiches de quelques pays présents, plus un absent la Chine, déformées à travers des verres cannelés ; par la suite des sérigraphies en ont été tirées
> l’actuelle Biennale de Venise consacre une immense salle à Raymond Hains (1926-2005), dont plusieurs multiples proviennent de chez Lara Vincy
> à voir jusqu’au 29 juillet 2017 à la Galerie Lara Vincy

 

Raymond Hains

 

 

  > accueil d’Almanart   > menu de Collectionner

focus : acheter collectionner des multiples, collection de multiples estampes lithographies gravures sérigraphies street art

 

 

quelle est la question ?

est-ce possible, valable, intéressant de faire une collection de multiples ?
La notion de multiple s’oppose à celle de pièce unique ; vaste, elle recouvre une quantité de techniques d’art et concerne aussi les objets design. De fait la question se pose autant en terme de "valeur" qu’en terme artistique ; pour simplifier vous devez distinguer :

> les estampes (liste des techniques d’estampes), une longue tradition atistique toujours vivante malgré une pratique en baisse par les artistes actuels : lithographies, gravures, etc ; beaucoup d’artistes choisissent ces médiums pour pouvoir s’exprimer différemment, pas forcément pour accroître leur diffusion ; leur inconvénient est la lenteur du processus de réalisation et souvent la nécessité de passer par un éditeur ; toutefois la sérigraphie intéresse les artistes du street art par leur rapidité de diffusion

> les oeuvres issues de fichiers numériques, prisées par les artistes actuels et tous les jeunes ; cette page ne concerne pas celles-ci, qui sont expliquée à part : la photo est traitée ici, la vidéo ici, les oeuvres numériques là

> les oeuvres dupliquées en grande diffusion : certains artistes s’en sont fait une spécialité, Andy Warhol en tête, ou les artistes des rues (voir leurs techniques ici)

> les créations graphiques : certains graphistes célèbres sont devenus plasticiens, comme Cislevictz spécialisé dans l’illutration : ses sérigraphies valent entre 1000 et 3000 € du fait de sa grande notoriété et l’originalité de son art, mais vous en trouvez dès 500 €

Cislevictz, Empreinte, 1973, 80/100, sérigraphie
(courtoisie MAMVP)

 

 

Quels sont les avantages d’une collection de multiples traditionnels ?

 

Cislevictz Empreinte,

 

l’alternative du prix

le prix d’achat est le premier avantage si les oeuvres uniques sont trop chères pour vous : un multiple coûte au plus le dixième du prix d’une pièce unique, bien que toutes les situations existent car c’est beaucoup la rareté qui conduit le marché de l’art. Comme une collection suppose un nombre important d’oeuvres, alors une réunion de multiples devient accessible à tous ; sous cet angle le choix est péremptoire.

Certains l'Aiment Chaud Billy Wilder
affiche de Certains l’Aiment Chaud, de Billy Wilder, 1959

Illustration : Mimo Rotella ; cet affichiste aussi connu que Villeglé a produit quantité de "Marylin’s" sérigraphiées ; certes l’appétit commercial est évident, mais certaines pièces sont très réussies :

> une Marylin en format "pièce unique" s’est vendue 60’000 € en 2012 ; pas à votre portée ? tournez-vous vers les Marylin’s multiples, à condition de bien savoir choisir

> celle-ci par exemple est très réussie ; elle est tirée de l’affiche du célèbre Certains l’Aiment Chaud, film de Billy Wilder ; de grande taille, cette litho comporte une surcouche collée qui la rend proche d’une pièce unique, sans l’être vraiment ; bien qu’assez récente, elle est estimée à 2000 €

  Mimo Rotella Ritmo
Mimo Rotella, Ritmo2, 2003, double sérigraphie contre-collée

 

.
vous êtes amateur, collectionneur ? alors vous êtes aussi acheteur et vendeur !
pour vous, Almanart annonce des oeuvres de qualité
à céder par des particuliers

 

 

 

explorez ce vaste marché

du principe même de la multiplicité, trouver une oeuvre sur le marché est relativement facile ; il y a des galeries et des ventes aux enchères spécialisées, diverses occasions aux puces, antiquités, ventes de particuliers...
Le problème est un manque d’information et de garantie dès lors que vous vous éloignez des bons professionnels ; sur internet le risque est grand de faux, de pièces dégradées ou non accompagnée d’un certificat correct ; n’oubliez pas que la valeur d’une collection réside dans l’authenticité, le pedigree et l’état des pièces :

> Charles Lapicque était très prolixe, notamment en lithographies ; celle ci-contre a été achetée en galerie et répertoriée ; elle est superbe, typique de l’artiste mais son tirage est un trop fort pour justifier un prix supérieur à 500 €

 

Charles Lapicque , Crépuscule à la lisière d’un bois
EA/150, 1970, 50x41 (courtoisie BnF)
 
Charles Lapicque

 
> il y a aussi des raretés à retrouver : par exemple le célèbre Pierre Soulages est très productif en peintures mais a réalisé peu d’estampes, qui sont donc très recherchées ; elles ont toutes été réunies lors d’une belle exposition dédiée à la BnF en 2003 ; celle-ci devrait atteindre 3000€

 

Pierre Soulages, litho produite pour une action envers le Sida
dans les années 90, en 100 ex (courtoisie BnF)
 
 
Pierre Soulages

 

la 1ère vacation de multiples haut de gamme

début 2014 Artcurial (3è auctioneer en France) innove et ouvre son département Limited Edition : un signe de l’intérêt que peuvent susciter les multiples.
Le 20 mai 2016 il inaugure sa 1ère vacation spécialisée, centrée sur les années 70-90 et les grands artistes ; un succès : 254 lots, 72 invendus (28%), prix médian 4000€, 27 lots à moins de 1000 et 22 au dessus de 10’000 (beaux vases de Picasso à plus de 25’000€), seules 3-4 aberrations artistiques comme cette boà®te à champagne en résine de Jeff Koons estimé à 70’000€ pour... 650 exemplaires (!), ces quelques pièces isolées car extraites de la Valise des NR (ci-dessous), ou les nains de jardin (ou presque) de Kaws ou enfin ce dinosaure rouge en plastoc de Jiango (qu’on pensait disparu du marché aux gogos). Mais la grande majorité des lots fut de très bon niveau avec un choix ouvert, de sorte que cette vente est un marqueur.

Donc, premières observations qui seront à suivre : le haut de gamme est déjà cher, surtout les petites sculptures (céramiques, résine...) ; si les estampes de célébrités sont autour de 2000-4000€, des pièces très tentantes sont autour de 1000€ chez les artistes actuels moins connus : dans ce domaine aussi, il faut savoir anticiper ; quelques belles occasions ne sont étonnamment pas parties, comme une triple photogravure et aquateinte de Baldessari à 45ex (5000€), une litho de Xiaogang à 100ex (2000€), 6 sérigraphies-album de Messac à 85ex (1000€) : le public était-il trop classique ? Pour vous amateur, cela signifie qu’il vaut la peine de fréqeunter les prochaines ventes. Notons que logiquement, les pièces correspondant à nos avertissements (ci-après) partent mal.

 

 

 

les multiples donnent du sens à votre collection

une collection prendre plus de sens si elle est cohérente, bien que ce ne soit pas l’unique critère. Alors réunir des multiples est une façon de la rendre homogène par le medium ; c’est par exemple comme ceux qui collectionnent les pochettes artistiques de vinyles : ils peuvent les exposer, s’en séparer en bloc, trouver facilement à échanger des oeuvres ou partager avec d’autres connaisseurs

 

ok, mais alors quels multiples ?

sélectionnez un type de médium ou excluez quelques autres, ou alors concentrez vous sur une période, en évitant évidemment d’être trop sectaire.
Exemples : excluez les oeuvres issues de fichiers ou au contraire vous y spécialiser, réunissez des affiches pop, intéressez-vous aux gravures surréalistes, aux photographies vintage, collectionnez les objets céramiques de Vallauris, les luminaires modernes, ou celles d’un designer précis...

Bernar Venet

 

> ce beau tirage restreint de Bernar Venet, série Objets Mathématiques, a été produit en collaboration de l’éditeur Linard, lors d’une résidence en ses locaux ; le tirage est faible

Bernar Venet, 2001, 40/60, print sur papier aluminisé, 80x80
(courtoisie Linard Editions)

 

En définitive, c’est votre goût, votre passion qui est le premier critère, sinon collectionner n’a pas de sens artistique ; nos conseils ne sont valables qu’au sein de votre choix, on n’entame pas une collection de multiples dans la seule intention de la revendre avec profit ; mais rien ne vous empêche d’optimiser vos acquisitions

 

ne faites pas...

un prix abordable n’est pas prétexte à négligence :

> écartez les multiples chers, pour deux raisons : il y a des abus, un des plus scandaleux sont les oeuvres d’Andy Warhol non signés sans provenance certifiée ou carrément fausses dont un trafic vient des USA : laissez cela aux vrais connaisseurs qui savent différencier, sinon aux fans prêts à être plumés

> gare aux tirages : soyez réaliste, au-delà de 50 c’est beaucoup : si vous voulez vous faire plaisir avec un grand tirage de belle qualité artistique, très bien, mais sachez qu’il aura valeur de documentation, c’est tout ; c’est expliqué ici

> si vous souhaitez rester intransigeant sur la notion d’original, bien malmenée, votre collection s’en portera mieux mais votre chasse sera nettement plus difficile ; c’est expliqué là

 
Bernard Pras
 

> tenez compte des exceptions : par exemple Bernard Pras ne propose pratiquement que des vues de ses installations, sous forme photographique ou sérigraphique ; car sa démarche consiste à créer un montage éphémère en disposant des objets de telle sorte qu’un point de vue précis donne une apparence unique, par anamorphose ; son Mao est très prisé ;
autre exemple : les Christo qui emballent des objets ou monuments, oeuvres éphémèes non vendables mais financées en partie par la vente en nombre des dessins, études préparatoires et photos des installations

Bernard Pras, Mao, sérigraphie 88/99., signée, 69x74
(courtoisie Centre Pompidou)

> excluez les reproductions même signées d’oeuvres uniques, c’est sans intérêt artistique et sans valeur de collection ; par exemple les lithographies de Bram van Weld qu’on trouve presque partout et trop chères

> évitez évidemment les "oeuvres" non signées ou munies que d’un cachet... (Banksy en abuse)

> méfiez-vous des mentions "d’après" ou "certificat de l’ayant-droit", etc, généralement des éditions non signées, tirées post-mortem par des ayant-droits à dents longues, voire même des collectors ; pour du design cela passe, mais pas pour de l’art.

 

encadrez !

un bel encadrement valorise un multiple qui pourrait paraître plat au mur ; mais c’est un paradoxe à gérer :
 - vous risquez de dépenser autant que pour l’oeuvre, le prix du cadre devenant proportionnellement élevé
 - il apportera un peu à une revente ; mais... sans cadre l’oeuvre trouvera moins d’acheteurs et fera moins envie

Notre conseil est donc d’encadrer bien ; surtout si vous envisagez une relativement grande collection :
> si le cadre déjà en place vous déplait, changez-le sans état d’âme
> pour les oeuvres anciennes et/ou rares, utilisez de très bons matériaux et/ou faites faire leurs cadres
> pour les oeuvres plus courantes, faites-le vous-même à partir de cadres tout prêts faciles à monter puis démonter ; n’hésitez pas à ajouter (c’est rarement proposé avec) un passe-partout, cela valorise pour un prix dérisoire
> développez votre propre style d’encadrement, et (compromis à trouver) :
> ...adaptez chaque cadre à l’endroit d’accrochage ; pensez-y lors de l’achat du cadre, pas après
> prenez garde à la cohérence des encadrements des oeuvres entre elles, cela valorisera votre collection.

 

 

 

 

il y a des modes

 
 

les variations de prix sont très fortes dans les multiples selon le moment ; deux exemples :

> le street art a remis à la mode les sérigraphies, ce qui ne signifie pas qu’il faut s’y précipiter, l’offre devenant pléthorique ;
les événements publiques relayés par le street art utilisé comme média, provoquent des bouffées de succès, comme l’a été l’aide à la campagne électorale de Barack Obama par Shepard Fairey (alias Giant ou Obey), affiches qui ont fait sa célébrité ; ces oeuvres ont envahi les collections bien qu’elles aient été tirées à de très nombreux exemplaires non signés, par utilité ; mais en 2014 Obama a moins la cote : soit ces tirages sortiront de l’actualité, soit ils entreront dans l’histoire de l’art, qui sait ?

Shepard Fairey, Hope, 20O8, sérigraphie

> les multiples des maà®tres modernes sont vendues de manière plutà´t irrationnelle :
 - vous pouvez aussi bien trouver une grande lthographie de Bram van Welde à 75 exemplaires pour 2000€, prix élevé car il en a fait beaucoup, pire : des Zao-Wou-Ki à 5000€, prix délirant (il en a fait énormément et il y a en a à 500€...)
 - que de petites lithographies de Estève, de Vera da Silva, Bazaine... à moins de 100€,
tous ces modernes tirant à quantités raisonnables

 

 

et des multiples d’exception

si vous collectionnez les multiples traditionnels (sérigraphies, lithographies, estampes, photographies...), vous pouvez élargir votre réunion d’oeuvres ou créer une rupture par une pièce exceptionnelle et originale, restant dans l’esprit multiples ; exemples :

> cette Valise réunit une pièce originale et documentée de chacun des Nouveaux Réalistes ; elle a été éditée en 1973 avec 600 exemplaires potentiels, en fait le tirage semble n’avoir pas dépassé quelques dizaines ; elle est difficile à dénicher complète, quelques opportunistes ayant dispersé des oeuvres (par exemple le "doigt" de César en fonte, vendu seul au prix de la valise...) ; c’est une pièce peu facile à exposer mais une curiosité sujette à débats intéressants !

la Valise des Nouveaux Réalistes, 1973, 13 pièces,
documentation, texte de Pierre Restany, 53x14x60
(courtoisie Galerie Smaggh)
 
Valise des Nouveaux Réalistes

>> une valise complète est à vendre ici ! 

 

> imaginez votre plaisir et l’éclairage apporté au lieu où se déploie votre collection, lorsqu’il s’agrémente d’un tapis d’un artiste ! L’artiste imagine un "carton", par exemple un dessin aquarellé en dimension réelle, qu’il confie à un atelier de tissage dont il veille à la réalisation ; sa signature et le tirage sont tissés mais à l’envers un cartel précise l’artiste, le nom de l’oeuvre, sa signature, la date d’achèvement, l’atelier, les dimensions et le tirage (souvent inférieur à 20).
La démarche est la même pour les tapisseries, mais elles sont destinées au mur ; voici quelques exemples.

Yves Millecamps, Phyllade, tap.d’Aubusson, 1965, 190x206
(courtoisie galerie Chevalier)
 
Yves Millecamps

 

> dans le même esprit de cohabitation harmonieuse, le design propose des éditions limitées et numérotées soit de meubles soit d’objets qui ne sont pas vraiment utiles (voire inutilisables) pour décorer l’exposition de votre collection.

 

L’intérêt de ces démarches est de valoriser votre collection de multiples (qu’on suppose bien consolidée) ; si vous souhaitez qu’elle reste la raison centrale de votre quête, il faut limiter les exceptions à une ou deux pièces.

 

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