histoire de l’art abstrait

 

 

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2° partie : naissance de l’art abstrait

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La naissance de l’abstraction a été une aventure européenne, prolongement du Futurisme (en Italie) et du Rayonnisme (en Russie) ; sa véritable genèse se situe en Russie à l’aube du XXè siècle, dont les peintres ont été en contact avec les mouvements libératoires notamment à Paris.

Cette exploration a été assorti de combats de chefs et fondations de partis : Kandinsky, avec ce qui sera appelé l’abstraction lyrique, Malevitch avec le suprématisme, Mondrian avec le Stijl et le néo-plasticisme : ouvrons le rideau !

 

le 1er Salon Réalités Nouvelles, dédié à l’art abstrait,
s’est tenu au Palais des Beaux-Arts de Lille en 1947
  realites nouvelles

 

qui a inventé l’art abstrait ?

personne, évidemment ! c’est le produit de fécond début du XXè siècle, où les artistes de tous pays étaient en contact les uns avec les autres (notamment du fait de la prépondérance de Paris) : il résulte d’une mutation globale de la peinture ; pourtant l’histoire avec son recul n’a retenu que quelques fondateurs. Jean-Louis Ferrié dans sa passionnante "Aventure de l’art au XXè siècle", et bien d’autres historiens ont restreint la paternité de l’abstraction à 3 artistes célèbres :

Vassily Kandinsky

ouvre la voie à une abstraction libre, virage opéré en 1911 et stabilisé en 1922 (résumé de son histoire imagée) ; son évolution bien que rapide fut progressive et réfléchie ; Kandinsky était un philosophe et professeur aux deux Bauhaus :
> dès ses débuts en 1908 il pose une palette de couleurs vives (ci-dessous à gauche) qu’on retrouve en 1911 avec les 1ères déformations abstraites, comme ce fameux Cavalier (au centre)
> 1912 et 1913 ont été des années de recherche voire de confusion quant aux styles abstraits qui se téléscopent, mais où s’inscrivent encore quelques figures...
> ...aboutissant à la libération totale des conventions dès 1914
> bien plus tard, à partir de 1922, Kandinsky évolue vers un vocabulaire structuré qui donne à ses oeuvres un air de Miro avant l’heure (ci-dessous à droite)

Le virage vers l’abstraction à été préparé par une longue réflexion qui a donné l’ouvrage "du Spirituel dans l’art" (1910) où Kandinsky préconise une relation entre tous les arts, notamment la musique (Schönberg, etc) car celle-ci est déjà abstraite, ce tout allant vers une mystique intérieure, vers la pureté

plus d’info et images sur son enseignement théorique au Bauhaus de Weimar de 1922 à 1925
 > ensuite dans les années 40, abstraction lyrique s’est fortement développée en France et Belgique, moment où cette dénomination "lyrique" est venue

  Kandinsky paysage automne
Paysage d’automne avec bateaux, 1908
(court. Mus.Boijmans Van Beuningen)
 
Kandinsky Reiter cavalier
Reiter (Cavalier), 1911
(courtoisie Mus.Boijmans Van Beuningen)
  Kandinsky ligne transversale
Ligne transversale, 1923
(courtoisie collection Nordrhein-Westfalen)

 

Kasimir Malevitch

a vécu les années révolutionaires russes avec une fougue qui s’est traduite dans sa peinture par une recherche radicale :
> dès 1908 Malevitch peint des scènes paysanes dans un style icônique très coloré, typique de l’école moderne russe (Gontcharova, Larionov)...
> ...qu’il a stylisées entre 1910 et 1911 dans un cubisme proche de celui de Léger (ci-dessous à gauche),
> pour peindre en 1914 des oeuvres complexes plutôt chargées ( milieu)
> en 1915 Malevitch fonde le suprématisme "début d’une nouvelle civilisation" en rejetant le cubisme, pour passer à un minimalisme proche du nihilisme : il pose quelques bombes dans une exposition mémorable appelée justement "0,01" à Pétrograd, 35 tableaux dont plusieurs monocolors (voir : blanc, noir, rouge), un art quasiment métaphysique !
> puisqu’il avait tout détruit, pour survivre le suprématisme devait repartir sur "un nouveau réalisme de la couleur dans la forme d’une création abstraite", dans une manière très constructiviste (ci-dessous à droite)
> forcé par la famine dans les campagnes et le despotisme soviétique, Malevitch revient dès 1926 à une figuration stylisée où des principes suprématistes subsistent comme une protestation (ci-contre à droite)

Malevitch Homme en chemise jaune
Malevitch, Homme en chemise jaune,
1930
(courtoisie m.Etat St-Petersburg)
  Kasimir Malevitch Moisson du seigle
Moisson du seigle, 1912
Stedelijk museum Amsterdam
  Kasimir Malevitch Aviateur   Kasimir Malevitch suprematisme
Aviateur, 1914
(court. muséeNat.Russe St-Petersburg)
suprematisme, 1915
(court. muséeNat.Russe St-Petersburg)

 

Piet Mondrian

a ouvert le chemin de l’abstraction géométrique vers 1913 et a fondé avec Van Doesburg le mouvement et la revue Stijl (résumé de son histoire) :
> il développe en quelques années un processus de décomposition proche de celui du cubisme (il avait été influencé par Picasso dès 1912), qui abouti entre 1917 et 1920à une simplification rigoureuse et une réduction aux couleurs primaires (ci-contre)
> déroulement par l’exemple (ci-dessous) de son passage de la figuration à une première abstraction : le point de départ est un arbre en style expressionniste qui devient allusif ; un autre cas connu est une vue à contre-jour d’un parc à huitre, visions dont il n’a retenu que l’essentiel : des traits horizontaux et verticaux

Composition avec jaune, bleu rouge, 1921
(courtoisie Tate Gal.London)
Piet Mondrian Composition

 

 

déroulement : Arbre bleu, 1909 - Arbre gris, 1912 - Composition 3 (Arbres), 1913 (courtoisie Gemeentemuseum La Hague)

  Piet Mondrian Arbre bleu   Piet Mondrian Arbre gris   Piet Mondrian Composition Arbres

 

 

 

les chefs ont dit :

ces trois fondateurs, tous leaders de leurs mouvements et tous professeurs, ont bien sûr beaucoup écrit, ce qui éclaire la progression de leur art dans le contexte de leur époque :

Vassily Kandinsky :
> "une nécessité contraignante ne s’est pas encore développée parmi les artistes, de créer une composition picturale et à cette fin un langage adéquat" (1910, sur une expo de Fauves à Paris)
> ... "ainsi l’objet se détacha de plus en plus de lui-même dans mes tableaux ; c’est visible sur presque tous les tableaux de 1910, l’objet ne voulait ni ne devait encore disparaître complètement" (1911)

Piet Mondrian :
> "l’art va devenir le produit d’une autre dualité en l’homme : celui d’une extériorité cultivée et d’une intériorité plus consciente, approfondie ; comme pure représentation de l’esprit humain, l’art s’exprimera dans une forme esthétique purifiée, c’est-à-dire abstraite"
> "pour approcher le spirituel en art on fera usage aussi peu que possible de la réalité, parce que la réalité est opposée au spirituel"
> "la couleur n’existe que par l’autre couleur, la dimension est définie par l’autre dimension, il n’y a de position que par opposition à une autre position"

Kasimir Malevitch :
> "je me suis transfiguré dans le zéro des formes et suis allé au-delà du zéro vers la création, vers le suprématisme, vers le nouveau réalisme pictural, vers la création non-figurative" (1915)
> "notre monde de l’art est devenu nouveau, non-figuratif, pur ; tout a disparu, n’est restée que la masse du matériau à partir de laquelle va se construire la nouvelle forme" (1915)
> "la couleur devait à son tour sortir du mélange pictural pour aller vers l’unité autonome" (1916)
> "l’énergie mondiale va vers l’économie et chacun de ses pas vers l’infini s’exprime dans une nouvelle culture économique des signes".

[Sources : pour tous : Jean-Louis Ferrier : plusieurs écrits dont Aventure de l’art au XXè siècle / Kandinsky : Kandinsky, Jéléna Hahl-Fontaine, Ed Hazan, 1993, ISBN 2-87012-006-0 / Malevitch : presses du Prolétaire Rouge, à Moscou,1990, ISBN 2-08-010052-1, Flammarion. oeuvre collaborative / Mondrian : De Stijl n°1, 1917 et Mondrian, from figuration to abstraction, Herbert Henkels, Thorhe Tokyo Shimbun, 1987]

 

 

l’anecdote qui a fait le tour du monde :

voici les termes qu’emploie Kandinsky dans une lettre de date estimée vers 1911 [Gesammelte Schriften, Bern, 1980, page 38] :

"c’était l’heure où tombe le jour, je rentrais chez moi encore rêveur, quand je vis tout à coup un tableau indescriptiblement beau, imprégné d’un véritable feu intérieur ! Je restais d’abord figé, puis me dirigeais d’un pas rapide vers cette étrange image sur laquelle je ne voyais que des formes et des couleurs, tout en restant incompréhensible du point de vue du contenu. Je trouvais bientôt la clé du mystère : c’était une de mes propres peintures qui reposait contre le mur, dressée sur son coté (...) Désormais j’étais sûr que l’objet nuisait à mes tableaux".

Précisons pour les esprits mal tournés que Kandisky, bien que russe, était parfaitement sobre !

 

 

la bataille des chefs :

comme c’était l’habitude à cette époque, les trois fondateurs se sont opposés quant à leurs prépondérances respectives, sans compter tous les jaloux.
Citons en substance Jéléna Hahl-Fontaine qui a écrit la plus complète biographie illustrée de Kandinsky [Kandinsky, Ed Hazan, 1993, ISBN 2-87012-006-0, page 299] :

"- Kandinsky ne pouvait comprendre ni apprécier le suprématisme de Malevitch ou le purisme de Mondrian et des constructivistes
- pour Mondrian les tableaux de Kandinsky présentaient encore trop de réminiscences de la vie
- Kandinsky en retour écrivait de Mondrian : "le refus de tout autre fondement constructif que l’horizontale et la verticale condamne à mort l’art pur"
- pour d’autres les tableaux de Kandinsky étaient surchargés et trop liés à l’intuition personnelle au lieu de la règle à calcul

- Kandinsky, avec un beau revers, reprochait aux constructivistes de produire des constructions calculées et réprimer le sentiment : "ce ne sont que des mécaniciens"..."
  

Depuis, les deux courants de l’art abstrait, le géométrique et le lyrique, cohabitent mais sans interférence aucune :

> la tendance lyrique est représentée par des grandes galeries comme celle de Jean-Pierre Arnoux, présente au Musée du Luxembourg en 2006
> la géométrique est représentée par la grande galerie Lahumière et des musées comme l’Espace de l’Art Concret à Mouans-Sartoux (Var)
> au Salon des Réalités Nouvelles dédié à l’abstraction (au Parc Floral de Paris en avril) les artistes de chaque branche ont leurs propres espaces comme leurs propres amateurs

Cette "composition colorée", Ligne Verte, 1917, montre
le tournant qu’Olga Rozanova opéra du Futurisme vers la
pure abstraction ; sans la fin prématurée de sa vie un an plus tard,
elle aurait été célébrée comme précurseuse du mouvement
américain Color Field des années... 50 !
Ligne Verte, 1917, Olga Rozanova (courtoisie Rollins College )
Olga Rozanova

 

 

 

quel est le premier tableau abstrait du monde, et comment ?

la chronologie entre ces trois leaders est serrée, chacun ayant abouti à un tableau totalement abstrait en : 1911 pour Kandinsky, 1914 pour Malevitch et 1916 pour Mondrian :

> la preuve en a été faite seulement en 1989, selon Jéléna Hahl-Fontaine :
"Kandinsky lui-même accorde une importance historique décisive à sa première peinture à l’huile abstraite Tableau avec Cercle de 1911", conservé au musée des Beaux-Arts de Géorgie, Tbilissi ; on n’a retrouvé ce tableau qu’en 1989 par une lettre datée du 4 aout 1935 qui dit en substance [Kandinsky, Ed Hazan, 1993, ISBN 2-87012-006-0, page 181] : "parmi les tableaux laissés à Tbilissi se trouve ma toute première peinture abstraite qui date de 1911 ... malheureusement je n’en ai pas de photo (mais il le décrit) ; à l’époque je n’étais pas satisfait du tableau c’est pourquoi je ne l’ai pas numéroté, n’y ai rien écrit au dos...."

 

A la question "quel est le premier" devrait être subsitutée "comment est né le premier", tant est complexe l’interférence entre les différents genres :

   

> en effet il a fallu attendre 1936 et la fameuse exposition Cubism and Abstract Art à NewYork, au MOMA, pour que dans son catalogue, son directeur Alfred Barr confirme l’opinion que le "suprématisme est une émanation du cubisme" et le traduise par un schéma qui a fait date

le plus étonnant est ce curieux lien de parenté entre le cubisme et l’abstraction !

 

couverture du catalogue de l’exposition
Cubism and Abstract Art, MOMA, 1936
(courtoisie MOMA NY)

 

> quand à Malevitch : sachant que le 1er tableau cubiste est attribué aux Demoiselles d’Avignon de Picasso en 1907, que le cubisme naissant inspira sa période dite cubo-futuriste, on comprend qu’il passa plus tard au minimalisme et n’exposa qu’en fin 1914 son Carré noir abstrait

> ces relations entre genres est aussi défendu par Kandinsky lui-même : "lorsque le fondateur du suprématisme entendit parler de mon livre Du Spirituel dans l’Art, il le fit traduire, après quoi il découvrit son suprématisme (!)", ceci en 1913 [Jéléna Hahl-Fontaine page 242]

> et Mondrian, l’initiateur en 1917 du néo-plasticisme ? il a infléchi son style vers le cubisme en 1912 à sa venue à Paris, puis dès 1913 l’infléchi encore pour aboutir en 1914 à ses premiers tableaux véritablement abstraits.

 

   

Une anecdote montre combien l’abstraction (comme le cubisme) fut une contre-culture :

> les oeuvres importées pour l’exposition Cubism and Abstract Art, furent d’abord bloquées par les douanes américaines car non considérées comme art et devant donc payer les taxes des objets ordinaires

 

lot d’oeuvres bloquées par les douanes
(courtoisie MOMA NY)

 

Cette exposition de 1936 au MOMA ne comportait aucun peintre américain, ni n’engendra pas de notables créations abstraites, ce développement vient bien plus tard comme le fruit des rencontres avec les européens fuyant le nazisme : le célèbre l’abstract expressionism naquit en 1945.

 

Ceci pour le monde occidental, car comme le rappelle l’écrivain Henry Thiel : "l’art musulman, depuis une période postérieure à l’enseignement de Mahomet, s’interdit toute figuration humaine, voire toute représentation du vivant ; de ce fait il est devenu un foyer original, riche et imaginatif de l’expression abstraite" (ndlr : le lien sur cette citation n’existe plus, quelqu’un peut-il en donner la source ? merci)

 

 

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